16 août, 2013

Confiance vs méfiance

Est-ce que tous les humains sont méchants?
Est-ce que tous les humains nous veulent du mal?

Personnellement, je pars ma réflexion de moi-même.  Si je ne suis pas en train de prévoir des méchanceté, si je ne suis pas en train de vouloir du mal pour quelqu'un, eh bien, il est plus que certain qu'il y a une autre personne comme moi.  Alors, ça vaut la peine que je fasse confiance aux autres.  Mais si nous ne sommes pas en train de penser à faire du mal, moi et une autre personne potentiel, sur quoi je me base pour être méfiant?  Sur l'apparence?  Sur le niveau social?  Sur un préjugé quelconque?

Au Niger, nous avions fait confiance à une femme.  Nous l'avions embauché comme femme de ménage.  Elle ne nous a pas volé, mais elle ne travaillait pas bien et elle le reconnaissait.  Nous lui avons proposé un prêt pour qu'elle démarre son commerce, un prêt de $700.  Elle a tenté l'expérience, mais elle n'a pas réussi et elle a dû vendre ses articles à perte.
Elle était mûre pour la méfiance alors...
Nous avions déménagé, nous étions loin de cette femme, mais quand Sophie a conçu une formation d'animatrice, nous avons pensé à elle.  Sophie l'a formée pour animer de façon participative sur des thèmes de santé et d'hygiène.  Cette femme s'est appropriée la formation.  Elle a fait les animations avec succès.  Elle a été remarqué par des ONG internationaux.  Elle a eu un premier contrat pour animer dans des camps de réfugiés, puis dans une autre organisation pour d'autres régions.
Lors de mon dernier voyage, elle tenait à ce que je visite ses nouveaux patrons, des Américains.  Ils croient en elle et ils lui confient un bureau dans une autre région, qui est en fait tout près de sa région natale.  Dieu lui fait du bien.  Elle reste toujours nerveuse, insécure quant à ses aptitudes, et pourtant, elle fait bien son travail et elle est digne de confiance.

Je sais bien qu'il ne faut pas être naïf envers tout le monde.  Mais il reste que j'apprends à prendre des risques, à les assumer et à payer mes pots cassés.  Je refuse de céder à la méfiance.
Je dis cela, mais à Montréal, je réapprends à faire face à mes préjugés québécois alors que je vis parmi les plus méprisés.

ciao
Daniel

01 août, 2013

Lac Mégantic et développement international

J'ai appris la nouvelle du train fou qui a explosé juste avant de partir pour l'Afrique, j'étais en France.  J'ai ressenti en moi toutes sortes d'émotions.  Je prenais connaissance d'une nouvelle de chez nous qui portait avec elle toutes les facettes du spectacle nécessaire aux bulletins de nouvelles du monde entier.  J'étais ému pour les habitants de ces blocs appartement en pleine ville, tués dans leur sommeil ou réveillés en catastrophe peu avant de mourir.  Une souffrance misérable. 
Puis j'ai ressenti la colère en pensant à la politique gouvernementale qui tend à "faire confiance aux entreprises privées" et qui dérèglemente presque toutes les sphères du monde industriel.  Je n'ai pas vérifié, mais je ne serais pas surpris que les mesures de sécurité qui viennent d'être mises en vigueur pour régir le transport de pétrole en train existaient déjà il y a dix ans.  La colère a augmenté en moi en pensant aux crédits d'impôts et aux évasions fiscales que les compagnies bénéficient afin de faire prospérer notre économie et pour créer de l'emploi (un chauffeur par train, appelle-t-on cela de la création d'emploi?)  Je n'ai creusé aucune de ces questions, je m'en allais en Afrique.
Dans mes bagages, j'avais apporté un livre interdit de publication que j'ai trouvé sur internet: Noir Canada.  J'ai commencé la lecture vers la fin de mon voyage.  Pour vous exposer les scandales que ce livre expose, imaginez que la catastrophe de Lac Mégantic soit arrivée dans un pays africain et que la compagnie responsable soit canadienne.  Serions-nous plus gentils que la compagnies MMA?  En effet, la compagnie refuse de se prononcer.  En Afrique, j'ai entendu que le représentant avait été arrogant en conférence de presse refusant de déclarer la responsabilité de la compagnie et n'exprimant ses sympathies que du bout des lèvres.  Et bien, ce genre de catastrophes est arrivé trop souvent en Afrique, par Hydro-Québec, par des minières telles que Barrick Gold et encore plus.  Dès lors, nos impôts sont à l'oeuvre.  Les fonctionnaires du Ministère des Affaires Extérieurs et nos ambassadeurs se mettent à l'oeuvre auprès des autorités locales - Président, Ministres, Haut-Fonctionnaires, etc - pour désengager la responsabilité de la compagnie canadienne et pour que le pays absorbe tous les coûts qu'à causer la catastrophe.  Nos impôts servent à aider des compagnies coupables à ne rien payer.  Non seulement nos compagnies bénéficient de réductions d'impôts, mais elles reçoivent de l'appui juridique et diplomatique, comme si elles payaient beaucoup d'impôts.  Et nous, ici, nous nous plaindrons des assistés sociaux alors qu'ils sont exposés à la misère, pendant que nous payons pour que des compagnies provoquent des misères ailleurs.
Suite à cette lecture, je me dis que s'il y a des intérêts étrangers dans la compagnie MMA, les ambassadeurs de ces autres pays sont en train de parlementer avec nos Ministres et avec notre Premier Ministre Harper afin que la compagnie ne soient pas tenue responsable et que nos impôts absorbent les coûts de la catastrophe.  Et même si la compagnie est totalement canadienne, je suis sur qu'il y a des députés et des fonctionnaires du développement économique qui militent pour la compagnie.
Je suis encore en colère quand j'entends depuis mon retour que la compagnie se battra pour ne pas avoir à payer les millions de dollars.  Mais je suis enthousiaste à l'idée de me battre pour les plus malheureux de nos voisins.  Il est clair que des humains souffrent et que quelqu'un refuse d'envisager sa responsabilité.  Des humains souffrent de dépendre de l'aide sociale, ils souffrent de dépendent de produits conçus pour les accrocher et pour les rendre malade, ils souffrent de la pression à devenir des machine de production et de consommation.  Le train de Lac Mégantic avait besoin d'humains, dans le train, mais dans les bureaux de la compagnie et parmi les actionnaires de la compagnie, parmi les politiciens aussi.

J'arrête là pour l'instant, bien que je reviendrai vous raconter d'autres colères ramenées d'Afrique au sujet du soi-disant développement.

Le même Daniel

30 juillet, 2013

Silence, chaleur et café

Me voici de retour à Montréal après un voyage de 10h de bus entre Niamey et Ouagadougou.  Je suis heureux que le bus était climatisé, mais pas trop.  Nous n'avions que 500 km à parcourir, mais nous avons eu un éclatement et changer une crevaison de bus n'est pas aussi facile que sur une voiture.  Heureusement, chaque bus de cette compagnie, transporte un mécanicien et son apprenti en plus du chauffeur qui a aussi son apprenti.  Il y avait donc 4 personnes présentes pour prendre soin de la mécanique.  Avec l'éclatement, un frein est resté bloqué.  Notre mécanicien a passé une partie du temps sous le bus pour le réparer.  C'est arrivé très tôt, nous étions à peine sortis de Niamey, il était encore 5h du matin avec la fraicheur et sans Soleil.  Ce soir là, à Ouagadougou, j'ai voulu faire une sieste à 18h et je me suis réveillé à 4h du matin.  J'avais pensé faire le voyage en bus le même jour que mon avion, et ce sont mes amis Nigériens qui me l'ont déconseillé: "tu seras épuisé!"  J'ai bien fait de les écouter. 
L'avion n'a pas eu besoin de mécanicien, mais un orage a empêché les employés de l'aéroport de Bruxelles de travailler autour de l'avion par crainte des éclairs.  La compagnie nous a fait entrer dans l'avion, où nous avons attendu que l'orage cesse et que les employés fassent le plein et chargent les bagages.  L'avion était à peine plus confortable que le bus, mais enfin, je suis arrivé et j'ai retrouvé ma famille avec beaucoup de joie.

S'il m'avait manqué une chose, c'était un bon café.  Je suis un peu difficile, car je n'aime pas trop le café timorton.  Je pouvais tolérer le café instant, mais strictement par nécessité.  Sauf qu'à la maison, j'ai pu boire, le matin, un café fait dans ma cafetière italienne, rien d'extravagant, c'est une cafetière que je pose sur un rond de poêle et qui devrait faire des expresso, mais dans laquelle je mets moins de café et elle me fait une bonne tasse de café.

Et c'est à mon arrivé à la maison que j'ai réalisé que je venais de passer 3 semaines dehors.  Je mangeais, dormais et me douchais dehors, j'étais rarement dedans.  Un des voisins était impressionné: "Vous, vous vivez comme nous Africains!"  Je l'ai réalisé quand, à la maison j'avais chaud.  Ou plutôt, je manquais d'air, j'étouffais.  Même les fenêtres ouvertes et un thermomètre dans les 25°, j'ai comme chaud.
Mais encore, que dire du bruit.  Je n'ose parler de silence, car même au coeur de Montréal, je perçois l'absence de vie, de bruit, de gens.  Je vivais dehors, comme mon voisin disait, tous les Nigériens vivent dehors, donc il y a du bruit et de la vie auxquels s'ajoutent les coqs, les ânes et les chèvres.  Ici, silence.  C'est intéressant pour prendre mes temps de prières et de recueillement.  Sauf que je lisais le père Joseph, fondateur d'ATD Quart Monde, qui utilise la parole de Jésus: "Heureux les pauvres".  À partir de cette parole, il écrit que Jésus affirme sa présence parmi les pauvres, donc au coeur même de leur brouhaha, du vacarme et des chamailleries.  Le silence est un luxe, une richesse (je ne devrais pas écrire cela, car on nous le taxera!).  Je m'étais habitué à prier dans le brouhaha, je me réhabitue au silence.  Car quelques autos qui passent sans klaxonner, sans enfants qui jouent dehors, c'est le silence en Afrique.
Je vous reviens bientôt sur des réflexions que j'ai rapporté.

Daniel