27 décembre, 2006

Le nouvel an en brousse

Nous nous apprêtons à partir pour la brousse, vers un village Touareg à quelques 700 km de Niamey. Il s'agit du lieu d'origine de mon gardien. Il nous accompagnera d'ailleurs. Ce sera aussi une immersion en langue Tamasheq.
Je vous en donnerai des nouvelles au retour.

Daniel

PS Finalement, il y a un autre sens à Tabernak en Tamasheq. C'est une vieille femme qui me l'a appris: visage très laid, défiguré même.

Notre vie à Niamey (version de Sophie)

À la découverte du Niger.
Enfin on commence a respiré car on connaît mieux notre environnement. Nous avons trouvé un marchand qui a toujours de beaux légumes et quelques variétés de fruits. Il se trouve près de l’école des enfants et l’on préfère son kiosque à l’ambiance du marché. Selon lui, nous sommes ses meilleurs clients, cela peut être vrai car je cuisine beaucoup les légumes et on mange des fruits pour collation. Alors à chaque semaine, il m’offre de la salade gratuitement et tout le monde est content.
Je commence, parfois, à me demander si je devrais changer quelques habitudes alimentaires lorsque nous serons déménagés en brousse, mais on verra rendu là. Bon quand même, bientôt je veux essayer quelques recettes d’ici et commencer par préparer la bouillie africaine. Il s’agit d’un choix de différentes sortes de farines, cuit dans l’eau ou du lait, ici, je crois qu’on aime bien au maïs ou au mil. Pas si bizarre que ça, c’est comme notre gruau, mais je sais qu’on va lui ajouter un peu de saveur avec du sucre ou du sel.
En fait, c’est vrai que nous sommes dans un pays pauvre, mais maintenant, nous avons découvert plein de petites boutiques. Tout le long de la route, nous ne trouvons que ça, mais elles reviennent toutes à la même chose. Ah oui! Il n’y a qu’un seul bon endroit pour trouver du bon gros pain croûté et tant qu’à être là, ils ont de bonnes pâtisseries (Daniel en a acheté pour mon anniversaire. Je crois qu’ils ne font pas de gâteau, alors nous avons mangé des milles feuilles). Tranquillement, nous avons trouvé les boutiques qui nous conviennent tel qu’une papeterie (ou librairie) et si quelques choses brises dans la maison, nous savons maintenant où se rendre.
Je suis contente maintenant de notre maison. Les soucis de notre installation sont terminés. Pour ceux qui ne le savent pas, ici en ville, pour ceux qui en ont les moyens comme nous, il y a des maisons bien construites et solides. Je ne peux pas dire qu’elle ressemble à chez nous, mais presque, avec ses portes, ses fenêtres, plancher en céramique, salle de bain complète, l’eau courante et potable que nous pouvons boire sans problème, puisqu’elle est traitée. Nous avons aussi l’électricité et l’eau chaude. Ce qui est difficile c’est de voir nos voisins dans des huttes de pailles et qu’ils vivent dans une « ferme » en ville. Toutefois, nous avons eu le souci de voir les fourmis entrer dans la maison en se creusant des tunnels à travers les murs. Nous avons résolu ce problème en traitant le contour de la maison, mais nous aurons sûrement à recommencer dans deux ou trois mois. Tout cela afin d’éviter le désagrément de se faire piquer les orteils par de si petites bêtes.
Pour l’instant, on sait que nous sommes privilégiés par la ville, mais on se sent tous prêts à vivre dans d’autres conditions. Il nous faudra aussi quitter les endroits qu’on apprécie tous, comme le club Américains avec sa piscine et son petit restaurant fast food (ils font de bonnes patates frites) et la bibliothèque (régulièrement, elle présente des films gratuits dans l’auditorium avec l’air climatisé). Mais on pourra apprécier ces divertissements quand nous serons en ville.
Bon, qu’en est-il de notre travail, à part qu’on doive apprendre une langue difficile. Notre professeur est une femme Tamajeq et elle nous aide à traduire les mots ou phrases que nous avons préparées. Nous devions avoir aussi un autre professeur qualifié, mais nous ne réussissons pas à le contacter. Donc notre tâche est de monter notre cours en fonction de nos besoins. Tranquillement, on nous a offert quelques livres (tous en anglais que Daniel doit me traduire au fur et mesure de sa lecture) qui nous ont orientés sur notre apprentissage de la langue. Donc ça avance. Selon un livre, nous devrons passer 3 à 6 mois sur le thème de survivre : connaître les chiffres, les parties du corps, les phrases pour demander ce dont on a besoin et surtout salutations et au revoir (et ils en ont beaucoup en Tamajeq). On a passé à travers tout ça, mais ce qui nous manque c’est de la pratique. Sur papier et avec le prof, ça va bien. Mais quand on parle avec les gens, on réalise qu’on ne sait pas grand-chose et qu’en fait, on a rien compris à la conversation. C’est pourquoi nous avons bien hâte d’apprendre davantage. Alors, pour nous aider à avancer, nous comptons aller dans les villages, régulièrement, les fins de semaines. Ainsi, on prépare mentalement les enfants à nous suivre dans cette aventure et de notre côté, on s’informe des préparatifs que cela nécessite. Pour l’instant, toute la famille est enthousiaste à ce projet et elle espère vivre de belles aventures pour répéter l’expérience régulièrement.

Joyeuxn Noel (en retard)

Il semble que Noël arrive à la même date partout sur la terre. Ce n’est pas le cas de toutes les fêtes religieuses. Chez les musulmans, il compte le calendrier lunaire, alors les dates font leur rotation dans chacune des saisons d’une année à l’autre. (Le calendrier lunaire compte les mois selon les cycles de la Lune, de son apparition à sa disparition.)
Ce sera notre premier Noël hors Québec, hors hiver, hors neige.
Déjà, la clarté nous trompe car il fait toujours jour jusqu’à 18h30.
Il y a peu de musique et de décoration de Noël.
Il fait un peu froid, à cause du contraste avec le jour (hier 40C à l’ombre).

N’empêche que ce sera Noël dans 3 jours. Alors comment allons nous le fêter?
Non, on n’aura pas d’atocas. Malheureusement, mon oncle en faisait d’excellents.
Nous sommes en train de préparer des paniers de Noël pour nos employées de maison, nos pauvres les plus proches. Ainsi, nous ferons notre tournée le 24 décembre après la sieste chez eux pour leur distribuer ces vivres. Nous ne pouvons pas poser la boîte et partir. Pour toutes les visites chez les Africains, il faut savoir s’asseoir, saluer, donner des nouvelles. Il s’agit d’une des formes de communication que nous devons apprendre : être avec les gens, perdre son temps avec eux. Bien sûr, dans notre cerveau nous sommes capables de s’argumenter et de se dire, ce n’est pas perdu. Mais, dans notre conditionnement culturel, c'est-à-dire que pour un Nord Américain, rester assis avec rien à dire ni à faire c’est pénible :
15 minutes, ça va.
Une demi-heure, ça se « toffe ».
45 minutes, la torture.
L’heure, je n’ai pas encore réussi l’exploit.

Ainsi, la veille de Noël nous distribuerons des paniers de Noël à nos employées, (un jour, je vous ferai part de mes réflexions sur la générosité).
En soirée, nous irons réveillonner chez un ami Français, mon co-voiturier pour l’école, car son fils est dans la classe d’Antoine. Je suis heureux d’avoir un réveillon, car c’est notre coutume de fêter le 24 au soir.
Et le 25 au dîner, nous mangerons avec nos collègues chez nous et nous aurons un échange de cadeaux modestes (2500 F).
Après, les vacances des enfants pour 2 semaines. Nous souhaitons être créatifs car Sophie et moi devons poursuivre l’apprentissage de la langue. Nous envisageons faire du camping – malgré le froid (!) – près des camps et des villages où nous serons presque immergés dans la langue.
Au milieu de cela, nous trouverons le temps de donner les cadeaux aux enfants. Ils ne sont pas dupes du climat. Ils savent que Noël arrive et ce que cela veut dire.

Sinon, cela va. Il y a toujours des petits bobos et de la fatigue.
On pense quand même au Soleil d’hiver, à la tendresse des manteaux doublés en plume d’oie, à la chaleur des foyers à bois et à la luminescence de la neige, sans compter les gens, nos parents et parentés, nos amis, nos frères, nos sœurs.
Mais je ne pense pas souvent à Stéphane Dion.


Igida.
Har Assarat!

Daniel

15 décembre, 2006

Qu'est-ce qu'on mange?

Je suis désolé, mais on n’y a pas pensé.
En effet, on n’a pas pensé de prendre le temps de dire ce que nous mangeons.
Pourtant, on mange trois fois par jour. Alors, manger devient tellement routinier que c’est comme oublié qu’on dort. Pourtant, on dort. Je vous concède que j’ai parlé des toilettes, c’est probablement parce que les allers et venus étaient moins routiniers à notre arrivée.
En ce qui concerne la nourriture, ce n’est pas parce que c’est vert avec des morceaux orange et rouge que cela vaut d’être mentionné. Il est vrai que les odeurs qui nous entourent ont évolué. Disons que la vie africaine sent quelque chose. Mais, pour la nourriture, il n’y a pas d’odeurs particulières à dire ou à dédaigner.
Je ne suis pas en mesure de vous dégoûter avec nos repas, parce qu’on mange presque comme ici. Je peux davantage dire ce qu’on ne mange pas, car, dans les épiceries, on trouve presque tout. Sauf que ce tout dépend des arrivages de marchandises. Par exemple, les céréales du matin, quand il y en a, il faut les prendre car on ne sait pas quand, ni si, il en arrivera d’autres. Il y a des Corn Flakes de marques étranges en masse. La boîte de 375g coûte 1200 fcfa (2.80$). La boîte Kelloggs coûte 4000 fcfa (9.00$). Si on ajoute du chocolat ou de la couleur dans les boîtes, le prix augmente vertigineusement (autour de 6300 fcfa – 14.00$ pour 375g).
On n’achète jamais les fruits et légumes à l’épicerie, toujours au marché.
On y trouve :
Tomates
Patates
Piments, mais pas tout le temps
Chou en saison
Concombre (il faut bien prononcer les 2 sons « on »)
Oignons
Carottes
Zuchinis
Laitue
Petites fèves vertes
Et des courgettes inconnues qu’on n’ose pas goûter encore
Et même plus d’inconnus.
Aussi les fruits :
Bananes
Oranges
Ananas
Dattes
Mangues
Goyaves
Melons d’eau
Cantaloups
Citrons
Et des pommes d’Afrique du Sud
Et même plus.

Les autres choses, nous les trouvons en conserves à l’épicerie
Maïs
Pêches
Compotes de pommes
Poires
Abricots

Alors, on mange du riz, du couscous et des pâtes.
Il y a des charcuteries, mais on a eu notre leçon, on surveille les dates. Sophie a été malade 3-4 jours : intoxication alimentaire. Antoine aussi, mais il s’est remis à courir beaucoup plus vite que sa mère. Il y a aussi du fromage et nous avons acheté une yaourtière ici pour nous faire notre yogourt.
Pour le lait, on se le fait avec de la poudre. Il y aurait bien l’éleveur d’à côté qui vend son lait, mais on ne sait pas ce que ses vaches mangent vraiment en ville. La rue est leur étable.
On ne se plaint pas, sinon que la crème glacée coûte 10$ le litre.
Par contre, on anticipe avec crainte le retour au Canada et tout le sucre qu’on y retrouvera.
Ah oui, je bois du café tous les matins, mais pas moyen de trouver du café non moulu. Je paye le prix du café équitable, mais tout passe dans le transport (il pousse en Afrique, à 700 km d’ici. Il part en Europe pour être torréfié, moulu et empaqueté. Puis, il revient ici…)
Nous sommes donc reconnaissants à Dieu de ce qu’on a. Pas si mal n’est-ce pas?
Et l’on ne va pas maigrir dramatiquement. Sophie cuisine trop bien : repas, biscuits, gâteaux, etc.
Est-ce que j’oublie quelque chose?
Demandez. Nous répondrons.

Daniel

12 décembre, 2006

Construire une maison


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Originally uploaded by gzutem.
Il faut associer la photo avec le texte des allures de maison.

NOEL chez les Marineau


NOEL chez les Marineau
Originally uploaded by gzutem.
Le temps des fêtes arrive aussi chez les Marineau. Alors, le 2 décembre, j’ai sorti des décorations de Noël et monté un petit sapin. Cela a bien aidé, avec cette nouvelle ambiance, de sentir que Noël arrive très bientôt. Les enfants ont beaucoup apprécié décorer la maison et d’y ajouter quelques bricolages. Daniel m’a offert une crèche qu’on fabrique ici, avec les personnages bibliques. J’ai réalisé qu’elle a une connotation africaine avec un berger typique à la culture d’ici avec sa vache (elle a une bosse sur son dos) et son chameau.
On va passer notre premier Noël au chaud, mais le plus important, c’est que nous sommes contents de fêter la venue de notre Sauveur Jésus-Christ.
Les enfants profitent beaucoup de leur trampoline et surtout que cette saison est la saison froide pour ici. Justement Daniel et moi avons appris a dire en Tamajeq, le froid d’ici est notre chaleur chez nous. Il y a quelques matins que nous avons froid et nous avons sorti nos vestes et nos bas. Et le soir, si on garde les fenêtres ouvertes, il faut de bonnes couvertures.

Sophie

08 décembre, 2006

Le lavement des pieds

Lorsque je pense aux pieds, il me vient le souvenir d’une boutique qui n’existe plus : Transcanada chaussures « Transcanada. Chaussez chacun! ». Étrangement, j’associe à ce magasin l’idée négative que l’on pouvait avoir des vendeurs de chaussures, surtout des hommes, vêtus avec un zeste d’élégance à bon marché, qui se devaient de vous déchaussez le pied gauche, si ma mémoire est bonne, et vous lassez le soulier neuf en vous appuyant sur le gros orteil.
À tous les anciens employés de Transcanada, il faut pardonner l’imaginaire et la mémoire de l’enfant que j’ai été. Il faut rappeler qu’aujourd’hui, l’immense majorité des magasins de chaussures sont libre-services. Le représentant, jeune, beau, à la chevelure bien pêle-mêle, nous tend le soulier à distance dédaigneusement raisonnable, toujours debout, attendant qu’on essaie le soulier, gauche ou droit, selon sa sélection. Les anciens vendeurs de chaussures avaient au moins la mine d’être des spécialistes du pied chaussé, alors que les nouveaux paraissent pour des experts de la technologie du confort et de la performance pédestre.
Néanmoins, qu’est-ce qui suscitait se sarcasme et le dédain envers les vendeurs de chaussure – et qui provoqua la mutation des représentants d’aujourd’hui?
Le parfum des orteils, voilà l’odieux qui humilia ces pauvres hommes et femmes. Toujours, de voir ces humbles travailleurs du pied se prosterner devant nos pieds, soit s’exposant, nez devant, aux odeurs que Dieu a lui-même placées à l’extrémité inférieure du corps. Si on moquait alors les vendeurs s’est bien à cause de l’angoisse qui nous agrippait aux trippes quand nous voyions celui-ci retirer notre vieux soulier sans savoir si on puait des pieds.
Cette vision des pieds influence ma lecture de l’Évangile de Jean et de l’épisode où Jésus, la veille de sa crucifixion, lave les pieds de ses disciples. N’est-ce pas pour vous aussi une image d’humiliation? C’est pire que d’être au service des autres, c’est de l’humiliation, presque du masochisme. Si vous essayiez de vous voir le faisant, ou si vous l’avez déjà fait, à quelqu’un qui est capable de se laver, je veux dire que vous ne prenez pas soin d’un malade, vous devez percevoir l’humiliation que vous en ressentiriez. Toutefois, vous en ressentiriez autant le malaise si on vous lavait les pieds seulement pour le rite. Celui qui se fait laver les pieds ressent la même angoisse que celui qui essaie des souliers chez Transcanada chaussures : est-ce que mes pieds vont puer?
Étrange expérience! Désagréable malaise, dont seul l’idée d’obéir à Dieu peut atténuer.
Mais venez passer quelques semaines en sandales au Niger et vous aurez une nouvelle relation avec vos pieds et avec le texte biblique de Jean. Il faut marcher dans le sable, la poussière, la saleté et la chaleur pour voir ses pieds se transformer. Ils passent de pieds qui pus à pieds sales et secs. S’ils puent encore, on ne les perçoit plus comme cela.
Se laver les pieds est devenu nécessaire. L’avertissement « ne mets pas tes pieds sur le sofa » a pris une nouvelle signification. Les pieds sont vraiment sales, comme on dit : tout ce qui traîne se salit.
Se laver les pieds est obligatoire.
Se laver les pieds est ordinaire.
Se laver les pieds est sanitaire.
Par conséquent, le geste de Jésus n’est pas un geste d’humiliation mais de service. Il s’agit d’un exemple d’humilité et non d’humilié. Je n’étais pas troublé par cette image de Jésus lavant les pieds, je n’y pensais pas, simplement parce que cela ne fait pas partie de notre paysage culturel québécois. Mais, maintenant, je le vois, il prend un sens pour moi. Jésus a fait quelque chose d’utile pour ses disciples. Disons que je me vois aussi comme quelqu’un qui vient faire quelque chose d’utile pour les tamasheqs (même si je n’en suis qu’à apprendre leur langue), et non pas comme quelqu’un qui vient s’humilier de façon incompréhensible devant eux. À ceci, j’ajouterai que la demande de l’apôtre Pierre paraît absurde dans un contexte de pieds sales. En effet, l’apôtre demande à Jésus de lui laver aussi les mains et la tête, ce dont refuse Jésus parce que ce n’est pas utile, ni sur le plan terre-à-terre ni sur le plan symbolique.
Le passage en question se trouve dans l’Évangile de Jean au chapitre 13. 1-17.

PS. On ne s’est jamais autant lavé les pieds… soi-même.