29 avril, 2007

Problème de mot(s)!

Notre travail pour un petit bout de temps est d'apprendre la langue des Touregs, le Tamasheq. Notre but est d'être en mesure d'aider ces populations le mieux possible en entendant et en disant les problèmes et les solutions dans leur langue directement.
Nous avons un problème avec un mot, un verbe: Arreγ. Ce verbe en remplace deux en français: aimer et vouloir. D'un point de vue objectif, nous pouvons utiliser le mot dans les deux sens, car pour nous il en a deux, mais quand on me dit:"veux-tu du thé?" j'entend aussi:"aimes-tu le thé?" Mon cerveau se dit alors, j'aime le thé mais je n'en veux pas là.
On a le problème quand on veut exprimer que quelque chose est à notre goût, comme une décoration artisanale:" J'aime cela, ça fait beau!" Est-ce qu'ils entendent que je le veux? Il y a Sophie qui s'est fait dire qu'elle n'aime pas les très longs cheveux tressés (long veut dire très très long, car tressés, les cheveux vont jusqu'aux fesses). Mais est-ce que c'était qu'elle ne veut pas de très longs cheveux? Et quand la femme qui le dit a de très longs cheveux, qu'est-ce qu'on répond poliment? Sophie aime, elle n'en a pas de très longs et elle n'en veut pas.
Un jour, nous saurons. Nous n'avons pas de professeurs diplomés pour nous enseigner et nous répondre. Nous apprenons avec les oreilles auprès d'aidants "naturels". Ensuite, on essaie de tout décortiquer. Depuis le début, lorsqu'on revise nos notes, on retrouve 2 ou 3 façon d'écrire un mot. On comprend aujourd'hui que le mot qu'on a appris veut dire le mien (ex. mon-frère). Il reste a apprendre "ton-frère-à-un-homme, ton-frère-à-une-femme,son-frère, leur-frère, etc-frère"
Et ce n'est pas frère qu'on a appris, ce n'est que "mon-grand-frère", il reste "petit-frère" un autre mot complètement.
Notre problème supplémentaire et central est qu'il n'y a pas de tamasheq international, comme le français. Et on se trouve exposé à trois dialectes différents, un peu comme si quelqu'un doit apprendre le français sans prof ni cours parmi des Saguenéens, des Haïtiens et des Marseillais.

Priez pour nos cerveaux, nos langues et nos gorges aussi. Le Q se dit comme R dans la gorge. Le γ se dit comme notre R, alors le R doit se dire sur le bout de la langue... C'est difficile!

Merci
Daniel

26 avril, 2007

La sonde de cuisson a chaud

Sophie a cuit un rôti ce soir. Il est très bon.
Elle utilise une sonde de cuisson pour connaître la température de la viande. Je spécifie pour les hommes comme moi qui ne sommes pas forts en cuisine.
Or, à la température de la pièce, dans la cuisine, la sonde est à 40 degrés.
On est fou hein! de manger du rôti.

C'est pas ma faute, c'est elle qui choisi son menu.
PS, nous avons la clim dans la salle à manger, pas dans la cuisine.
Je l'ai déjà dit, avec la clim, il fait 30 degrés.

Daniel

Mon ordi a eu trop chaud

J'ai perdu mon disque dur de mon ordi principal.
Ça explique une partie de la raison je peux être plus lent à écrire ses temps-ci.
J'attend un nouveau disque dur et aussi un disque back-up dans deux semaines.
Ainsi, je crois bien avoir perdu l'ensemble des adresses courriels de mon carnet d'adresses.
Il me ferait plaisir d'avoir de vos nouvelles, au moins d'avoir votre adresse.
Mon adresse est dans mon profil.

Merci
Daniel

25 avril, 2007

L'eau c'est la vie!


Proverbe Touareg


Ce qui est un proverbe de sagesse dans les terres arides su Sahel n’est qu’une donnée scientifique sur les rives du Saint-Laurent. Tout le monde sait que le corps humain est composé d’eau, comme la laitue.
Mais quand je vois les hommes puiser pour leurs bétails et leur maison des litres et des litres d’eau au Soleil tapant, je constate que c’est une question de vie. Au Québec, l’eau est aussi vitale qu’au désert, mais les vaches ont des abreuvoirs semi-automatiques.
Jamais auparavant, je ne m’étais soucié d’avoir de l’eau en réserve pour n’importe quel déplacement. Depuis que je suis au Niger, j’ai expérimenté le malaise d’avoir trop soif pendant que je circulais en ville ou ailleurs. Heureusement, il y a un marché de l’eau. Pour 5¢ je peux acheter un « sipsac » d’eau fraîche, dans le sens de pas chaude. Néanmoins, j’ai eu des passes où j’ai eu trop soif et c’est toujours là que les vendeurs d’eau ambulants sont à l’autre bout de la ville.
De plus, l’air est si sec que si nous ne buvons pas « que pour boire », nous avons mal à la tête. La joie est de soigner son mal de bloc qu’avec le verre d’eau, sans la tylenol!
L’eau c’est la Vie!
Ce n’est pas pour rien que Jésus a utilisé l’eau dans ses images comme dans : « si un homme ne naît d’eau et d’Esprit, il ne pourra entrer dans le Royaume de Dieu ». Ainsi la première naissance, il l’appelle d’eau, la seconde d’Esprit. L’eau c’est la vie!

Parfois la vie est facile, parfois non, comme pour ces homme qui puise au puit. En ville, nous devons mener une gestion de l’eau. D’abord parce que nous gardons de l’eau au frigo. Ce mois-ci, l’eau du robinet est chaude. Les douches sont obligatoirement chaudes. Plus on laisse couler l’eau, plus elle est chaude. (Je viens de réaliser que l’eau est singulière en français alors qu’en tamasheq, elle est toujours plurielle.) Nous gérons l’eau parce que nous la filtrons. Nous la filtrons parce que lorsque je nettoie le filtre, il est recouvert d’une couche de boue. Nous gérons l’eau parce que le débit du filtre est plus faible que le robinet et donc plus lent – à remplir une bouteille. De plus, parfois, souvent la pression municipale diminue et le filtre ne fournit pas.
Pour éviter d’ouvrir le frigo très souvent – car nous gérons aussi le froid – nous avons un thermos distributeur d’eau. Lorsque la pression d’eau est bonne, le soir, je lave le filtre. Je remplis le thermos avec l’eau froide du frigo. Je remplis les bouteilles vides que je replace au frigo. Je prépare le lait en poudre et du jus.
Je devrai compter notre consommation d’eau – ce que nous buvons – bien que je sais que les enfants (4 avec des amis) ont bu 6 litres en deux heures aujourd’hui.
Nous pourrions boire l’eau sans filtrage additionnel, elle est potable. Il s’agit d’une précaution additionnelle. Même en brousse, je bois l’eau du puit, mais vraiment, elle pu. Mais même celle-là est la vie!

Je vous demande de penser aux Nigériens en priant, pour qu’ils aient de l’eau vitale. Le mois de mai devrait être encore plus chaud, dans l’attente des premières pluies (juin).
Priez aussi pour qu’ils trouvent l’eau vive qui vient de Jésus, celle qui abreuve le cœur.
Je visite un petit campement en brousse, tout près de la ville (photo de leur puit). Le vieillard Riya nous apprend le tamasheq une fois par semaine. Il est touchant et il aime nos visites. Il est touchant aussi parce qu’il ne voit presque plus, alors, il touche… Mais priez que les enfants puissent apprécier d’y venir avec nous et qu’ils se fassent des amis.

Ciao
Daniel.

18 avril, 2007

La vie de tous les jours #2


Le marchand de fruits et de légumes


Voici notre kiosque de fruits et de légumes. Le patron, ou le papa, est dans l'ombre avec un ananas dans la main. Sophie est derrière le fils qui est devant. Acheter des fruits et légumes n'est pas toujours tranquille, c'est pourquoi nous avons choisi cet homme. Il nous connaît comme des clients fidèles, alors ce n'est plus la peine de se battre pour de bon prix. les fruits et légumes sont, en plus, sujet aux aléas saisoniers - il n'y a pas de camions de Californie qui apportent de tout à l'année. Mais, il n'y a pas grands légumes qui viennent du Niger. Les oignons, les patates et quelques fruits de saisons, sinon tout vient du Burkina Faso, de Côte d'Ivoire ou du Ghana. Il y a les pommes qui voyagent depuis l'Afrique du Sud et qui coûtent pas moins que 3.50$ le kilo (1.75$ la livre) et il n'y en a pas tout le temps.
Il y a un marché, dit le petit marché, qui renferme plusieurs marchands, notre marché Jean-Talon. Toutefois, on n'y est pas tranquille. Pour négocier, chaque marchand nous interpèle, les mendiants s'y joignent pour gagner quelque chose. Dernièrement, une vieille - ce n'est pas mal de parler comme cela en Afrique - m'a accusé d'avoir écrasé sa canne. Sauf que je lui ai offert de la réparer au lieu de la dédommager, alors, elle s'en est allée. Ainsi, au Petit Marché, il y a aussi des chasseurs de tête qui nous spottent et qui nous assaillent avec leurs sacs de légumes ou de fruits à vendre avant qu'on puisse descendre de la voiture. Ils sont très agressants.
J'ai quand même du respect pour ces vendeurs, ils veulent gagner leur pain et c'est pénible. le bassin d'acheteurs n'est pas infini. De plus, tous les Nigériens n'ont pas la coutume de manger des légumes. Par exemple, les Touaregs avec qui nous travaillons sont par la tradition éleveurs de bétails. Ainsi, ils mangent de la viande et du lait. Ils ajoutent un peu de céréales comme le mil. Et chez certains, le fait de cuisiner de la sauce aux légumes est une honte, car cela insinue qu'ils n'ont pas de lait, l'aliment principal des éleveurs. Par ailleurs, ils ont très peu de mots dans leur langue pour nommer ces aliments. Nous comptons, éventuellement, sensibiliser ce peuple aux besoins d'ajouter des fruits et des légumes à leur alimentation. Il faudra plus qu'une distribution de guides alimentaires.
Voilà pourquoi nous avons choisi notre petit marchand de légumes isolé, ou presque, car on y est tranquille. Nous ne sommes pas végétariens même si pour les Touaregs c'est à cela que nous ressemblons parfois. Car vraiment, les fruits et les légumes nous font du bien.

Bye
Daniel

09 avril, 2007

La vie de tous les jours (première partie)


La vie de tous les jours

Bonjour
Je vous présente Mohammed de jour. Il est notre gardien de jour, d'où son surnom de jour. En effet, une autre fois, je vous présenterai Mohammed de nuit, car nous avons un gardien de nuit aussi.
Nous avons des gardiens pour des raisons de sécurité. Par exemple, ils ouvrent le portail quand nous sortons, sinon le portail pourrait se refermer sur la voiture. Aussi, la sécurité des plantes pourrait être en danger s'ils ne les arrosaient pas.
Le Niger est, à ce jour, un pays paisible. Il y a toujours des voleurs partout, mais il n'est pas un cas de danger extrême. Par conséquent, les gardiens sont comme les systèmes d'alarme, ils sont dissuasifs - ils découragent les voleurs d'oser penser s'en prendre à nous et à notre maison.
Ainsi, le gardien de jour se retrouve avec le plus de travail. Il prend soin de la maison, du jardin et devant le portail.
Il faut spécifier que chaque maison est, ici, entourée d'un mur ouvert par un portail. Certaines rues ne ressemblent qu'à deux murs parallèles comme un corridor qui peut se transformer en labyrinthe parfois.

Ainsi, Mohammed de jour doit veiller à nettoyer la cour et la terrasse.
Il lave la voiture.
Il arrose les plantes. Je viens de planter deux vignes, un manguier, un arbre au nom que j'oublie et un papayer. Mohammed en est le fidèle gardien. Sauf pour le papayer, qui a été trop arrosé. Mais ce n'est pas de sa faute, le patron a dit d'arroser. Après que le papayer ait pourri, le patron est allé sur internet pour apprendre qu'il ne faut pas trop arroser. Le patron c'est moi, je ne m'en défile pas.

Mohammed se fait le thé touareg à tous les matins. À tous les jours que je suis là quand le thé est près, il m'en apporte dans la maison. Pour cette raison, je fournis le thé aux gens de la maison. Je ne peux me résoudre à boire "l'argent de mes employés" quand pour eux, faire le thé représente en dépense une heure de travail. Le thé touareg est particulier et j'en reparlerai dans une prochaine chronique de la vie de tous les jours.

L'avantage que j'ai avec Mohammed, c'est qu'il est un peintre en bâtiments, un gars de la construction quoi! Alors, on se comprend. De plus, il y a plein de petits travaux qu'il peut faire, ce qui est bien utile, même si j'aimerais tout faire moi-même.
Mohammed préfère être gardien que peintre pour la stabilité d'emploi et la fiabilité de la paye ( souvent, il n'a pas été payé comme peintre). Toutefois, il est payé au moins 2 fois moins comme gardien (un "tien" vaut mieux que deux "tu l'auras"). Mais, puisque nous embauchons des gardiens de jour surtout pour donner de l'emploi et ainsi aider une famille souvent élargie, j'aide Mohammed en lui permettant de manquer le travail pour aller faire de la peinture quand il en a l'occasion. Il est alors payé plus cher et moi je donne de l'emploi à un remplaçant. Deux hommes gagnent et moi je ne perds rien.

Mohammed a une femme et deux enfants très jeunes. Il fait aussi vivre sa belle-mère.
Ce n'est pas la première fois dont j'en parle, mais je voulais vous parler de ce qui se passe autour de nous.

Daniel

La vie de tous les jours #3



Voici Halima!
Voici notre ménagère.
Halima vient tous les jours de la semaine pour faire le ménage. L'activité la plus banale des foyers québécois ne s'avère pas si naturelle au Niger. En effet, nous avons grandi dans des maisons fermées, pour ne pas dire étanches à la poussière, à la pluie et aux animaux. À moins d'avoir la clim 24h sur 24h au Niger, il est impossible de garder les maisons "closes". Alors, on y vit avec la poussière. Elle est presque une amie. Un homme m'a dit:" je suis né de la poussière, je retournerai poussière et entre-temps, je mange de la poussière!"
Aussi, rares sont les familles qui ont connu des mobiliers, des vaisselles, des électros et des toilettes comme nous. Il n'est plus aussi évident ni banal de faire le ménage. Comprenez Halima qui fait face à toutes les exigences normales et insignifiantes de blancs qui ont grandi en pliant leur nombreux vêtements en quatre. Je me rappelle le jour, banal en soi, où ma mère qui pliait les draps et les serviettes m'a montré que de placer les beaux côtés pliés vers la porte de l'armoire faisait plus beau. Je me rappelle ranger mes serviettes comme cela sans même réfléchir (Sophie ne se rappellera peut-être pas que j'aie rangé des serviettes... mais...) Et voilà que Halima n'a jamais rangé de serviettes dans une armoire. Elle n'a jamais eu qu'une serviette.
Pourtant, Halima n'a jamais été en peine, du point de vue du Niger. Elle est scolarisée. Elle parle très bien français. Elle pratique de bonnes règles d'hygiène et de santé. Sauf qu'elle s'est retrouvée seule, avec ses trois derniers enfants.
Pourquoi? Pour sa foi. Convaincue que Jésus est le messie et le fils de Dieu, elle est devenue chrétienne. Son mari ne l'a pas accepté. Elle est restée attachée à Jésus sans rejeter son mari. C'est lui qui l'a fait. Aujourd'hui, il est remarié avec une jeune femme.
Il y a donc du travail à la maison, mais par-dessus le travail, il y a une femme qui a besoin de pourvoir à ses trois garçons.
Nous apprenons en Afrique, qu'il n'y a pas deux réalités distinctes telles que les gens et le travail. Il n'y a que des gens qui ont entre eux le travail. Pour les Nigériens, ce n'est pas le travail qui est évalué et rémunéré, c'est la relation et les personnes. Une relation installe un pont de confiance, la confiance permet l'échange d'argent. Pas besoin de contrat ni de reçu. C'est nous. Je peux manquer d'argent aujourd'hui, le travail sera fait quand même - pas de griefs - nous sommes ensemble. Il ou elle peut rentrer plus tôt pour des raisons de santé ou de météo sans pâtir, nous sommes ensemble.

Être ensemble, s'est faire parti de la même gang et une gang se tient. C'est beau écrit comme cela, mais, cela vient nous chercher au plus profond de notre être. L'ensemble de ces différences est plus difficile, non pas à comprendre, mais à assimiler. Or, en même temps, si on veut aider le développement du pays, il faut toucher à cela. Et, au nom du développement, je ne suis pas sûr de vouloir toucher à cette attitude solidaire, sauf que cela induit le favoritisme d'un côté et l'exclusion de l'autre.
Ce n'est pas facile à penser quand on réalise que congédier quelqu'un veut dire ouvertement le rejet. Pourtant, on ressent tous cela au Québec lorsqu'on est congédié, même pour des raisons externes (rentabilité, restructuration, manque de commandes, etc.) C'est toujours NOUS qui perdons notre job. Sauf qu'ici, les arguments qui séparent le travail de la relation entre les gens ne passent pas. Je ne peux pas dire que je m'entends bien avec Moussa en dehors de la job, mais qu'au travail, je ne peux pas le sentir. Les deux sont indissociables. Si je ne peux pas le sentir, je n'endurerai pas ses compétences et son expérience non plus. Si je m'entends bien avec lui, j'endurerai ses erreurs et ses manquements.
Ben voyons! vous pensez, alors vous comprenez combien ce n'est pas évident pour nous d'assimiler ce mode de vie, ce mode d'être. Sauf que s'est intéressant. Et nous sommes les nouveaux, les étrangers, c'est à nous de s'adapter.

Pour revenir à Halima, elle fait très bien son travail, même si on trouve des vêtements pliés en huit au lieu d'en quatre. On l'aime bien et, surtout, on peut lui faire confiance, très confiance. Et la confiance, ça ne se monnaye pas.

Daniel