23 juin, 2007

Petits problèmes

Cette semaine on a eu quelques petits problèmes. Petits parce qu'ils ne sont pas de grands, problèmes parce qu'ils sont embêtants.
Lorsqu'on pense à l'Afrique, on a peur des bébittes, des araignées, les tarentules, des mouches tsé-tsé, des moustiques voraces et des lézards,les serpents, les crocodiles.
Mais qui a pensé aux fourmis. Bien sûr, on a pensé aux fourmis rouges auxquelles on donne en pâture les prisonniers recouverts de miel... Mais, nous, on avait pas pensé aux fourmis, les simples fourmis, desquelles on a tant prévenu nos petits enfants, si petits, de ne pas craindre les gentilles fourmis, car les petites bébittes ne mangent pas les grosses.
À notre surprise, les maringouins du Niger sont vraiment discrets à comparer avec ceux des Laurentides. On n'a vu aucune mouche noire, aucun NIgériens n'arrivent à imaginer qu'est-ce que c'est. Pas de fourmis rouges, pas d'araignées différentes de chez nous, pas de serpents, on ne trouve rien de tels. Il y a bien des guêpes maçons, plus grosses que des bourdons, mais plus douces que des coccinelles.
Attention aux termites qui mangent le bois, mais les maisons sont faites en ciment.
Mais les fourmis - AAAAAAAAHHHH!!!! Ça mord et ça brûle. Ça brûle 3 jours durant au moins.
Ce n'est qu'un petit problème! Imaginez quand même la surprise qu'une petite fourmi puisse faire autant mal et elle fait un spot gros comme une brûlure de cigarette

L'autre, c'est ma voiture. Une voiture, je vous le concède, c'est un paquet de problèmes. Alors, dès qu'il y a un petit problème, je m'imagine le pire. Je suis bien heureux avec cette voiture, je parcours la brousse, traverse le sable et surnage la boue, sauf que vendredi, un phare brûle. Un policier m'interpelle et me l'apprend. Je venais à peine de changer l'autre. Après la rencontre avec le policier, la voiture ne redémarre pas. Fiou! Je suis en haut d'une côte, je me laisse aller, le policier me donne une poussée et Vroum! Sauf que le lendemain, la batterie ne s'est pas assez rechargée en route, elle ne démarre pas encore.
Il n'y a plus d'acide dans la batterie - évaporé. Si j'étais parano, j'aurais cru qu'on me l'a volé. La chaleur fait aussi cela.
Je n'ai pas de problème avec l'huile, ni avec le radiateur (On ne dit pas l'antigel ici, je ne comprends pas pourquoi!). Mais j'en ai avec la batterie. Elle est sous surveillance maintenant.

Un nouveau problème vient d'arriver pendant que je fais ce texte. Je viens de faire déplacer la clim du salon à une chambre pour qu'elle soit plus performante et qu'on économise un peu et pour s'éviter de refaire les lits dans le salon à tout les soirs. Bon! je viens de découvrir qu'il fait toujours chaud dans la chambre. Il n'y a plus de fréon dans la clim. Le gars a fini sa job de nuit et il a dû rater une soudure. Il va revenir demain...

Bye
Joyeuse St-Jean-Baptiste

Daniel

16 juin, 2007

C'est le répit!

"Approchez-vous d'une étoile et vous voilà au Soleil.
Ne vous en approchez donc que si vous avez l'âme (et le corps) assez humide,
que si vous disposez d'une certaine provision de larmes,
si vous pouvez supporter une certaine déshydratation (momentanée):
cela vous sera revalu. En pluie apaisante.

Dépression et tempêtes: tout un théâtre de sentiments.
Enfin vient l'ondée apaisante: c'est le répit,
ce sont les vacances du bourreau."
Francis Ponge, Pièces, Le Soleil toupie à fouetter (II), p. 152

Il pleut!
Daniel Marineau, Commentaires, Le Soleil en congé, p.1

15 juin, 2007

Désirer la pluie!

Dire qu'il y a dix jours, je me réjouissais de la pluie. Depuis, on attend encore et la chaleur a augmenté: 40 degrés à l'ombre, sans compter l'humidité.
C'est obligé, il faut ralentir.
Me tenir au Soleil et cuire ou me tenir à l'ombre et patienter.
Sauf que la vie continue et tout le monde cherche à gagner son pain. On voit les gens travailler sans arrêt, comme si la vie gagne sur la chaleur. Pourtant, un Africain m'a dit qu'il mourrait à -10 degrés, et comment il ferait à -30?
La vie est plus forte.
Ce qui fait parti de la vie au Québec, l'hiver, est comme ce qui fait parti de la vie au Niger, la chaleur.
Un docteur canadien m'a dit que c'est dangereux médicalement de vivre dans cette chaleur.
Un docteur nigérien me dira qu'il est dangereux de vivre dans le froid sous zéro.
La différence est qu'au froid, il faut danser pour se réchauffer et qu'au chaud, il faut s'asseoir et attendre. C'est ça le plus dur pour les Canadiens qui ont le pied gigoteux.

En attendant la pluie, je vous dit aurevoir!
Ciao!
Daniel

07 juin, 2007

Après la pluie, le champs.


Il y a des temps morts dans ce blog et il y a des moments où j'ai plein de choses à écrire.
C'est comme cela la vie, il y a des temps plates, normaux et inintéressant, et il y a ceux qui nous changent de la routine et qui, selon le gré du temps, nous amènent vers de nouvelles expériences.
En voici un, ce matin même, qui nous a fait vivre quelque chose de vieux, même si c'était nouveau pour Sophie et moi.

Dès que la pluie tombe au Niger, tous les cultivateurs sèment. Alors, mon ami Moussa, qui nous guide en brousse et dont le père a un droit sur un champs, m'a demandé si je pouvais lui donner un lift. C'est à côté de là où on visite un campement de nomades. Pas de problème, d'une pierre deux coups, nous apprenons le mode de vie et de culture du sol tout en étant environnés de la langue tamasheq.
Ad naguelu, nagu escharal! Nous partirons faire le travail!
Sophie et moi sommes allés avec 2 hommes et 3 femmes et 2 enfants. Là-bas, d'autres personnes ont été embauchés pour accélérer le travail.
Je dis que c'est quelque chose de vieux parce qu'on a béché le champs à la mains et qu'on a semé tout à la mains en recouvrant du pied.
Je dis que c'est nouveau parce que je n'avais jamais fait cela. J'ai semé des jardins, petits et grands, c'est selon l'appréciation. Mais ici, bien que c'est un petit champs, à la mains, ça fait grand. Tout le long que je béchais, je cherchais comment inventer une machine à bécher des trous individuels, à boeuf, à cheval, à bras, etc. Il faudra plutôt une recherche sur internet.
On a semé du mil. À chaque coup de bèche, le mil y était semé. Pas de sillons, que la bèche, à tous les deux pas, on frappe le sol.
Pendant le travail, un repas a été préparé pour tous. Sophie a aidé à nettoyer le riz. Elle vient de finir un mal de dos, assignée aux travaux légers.

Elle a découvert la "mère de la pluie", une bibitte rouge, velue, plus grosse qu'une mouche et qu'une perce-oreille, mais inoffensive. La particularité, elle est rouge vif et elle apparait quand vient la pluie.

D'une part, je suis heureux d'avoir travaillé de mes bras. Je suis un peu courbaturé. Mais surtout, j'ai pu m'approcher de ce que le travail et la vie des gens sont.

Nous vous saluons.

Ciao!

Daniel

06 juin, 2007

La première pluie en vidéo

Il faut visiter cette page pour voir notre famille dans la première pluie! En vidéo

Notre première pluie après la poussière

Daniel

Un jour de fraicheur!

Dire qu'il y a à peine 10 jours que je me plaignais de la chaleur et de l'humidité ici même.
Or, voilà que la bulle d'humidité a éclaté cette nuit, enfin!
Bien sûr qu'elle va se regonfler, mais entre temps, on a eu frais, pour ne pas dire froid.
Nous avons eu un mini 24 degrés et avec le vent, nous frissonnions. Sophie a même mis sa veste et ses bas. Nous n'avions pas mis de bas depuis plusieurs mois, et une veste encore moins. Bon, je l'ai imitée quelques heures plus tard.
Je pensais qu'au Québec il doit faire 24 et tout le monde est heureux qu'il fasse chaud.
Au Niger, il fait 24 aussi et tout le monde est heureux aussi... qu'il fasse frais.

Je n'ai jamais été un amateur de pluie. J'ai toujours préféré les canicules aux jours pluvieux et d'averses. Alors j'ai eu mes huit moins sans pluie et mes deux mois de canicule. Mais ouf! Je suis enfin content de la pluie. Le mois de mai au Niger est un peu comme le mois de mars au Québec, vous savez ce dernier mois de l'hiver, gris, mouillé, froid, déprimant. Or, notre mois de mai nigérien est chaud, humide, le Soleil tape, tout est sec, le sable est fou et abondant dans les rues. La pluie est comme le printemps avec ses odeurs bonnes et mauvaises - en effet les déchets fécaux animaux aussi étaient secs - mais combien nos corps et nos âmes sont rafraîchis par ces nombreuses gouttes d'eau et par ces nuages qui couvrent le Soleil.

Ciao
Daniel

05 juin, 2007

La vie de tous les jours #3



Voici Halima!
Voici notre ménagère.
Halima vient tous les jours de la semaine pour faire le ménage. L'activité la plus banale des foyers québécois ne s'avère pas si naturelle au Niger. En effet, nous avons grandi dans des maisons fermées, pour ne pas dire étanches à la poussière, à la pluie et aux animaux. À moins d'avoir la clim 24h sur 24h au Niger, il est impossible de garder les maisons "closes". Alors, on y vit avec la poussière. Elle est presque une amie. Un homme m'a dit:" je suis né de la poussière, je retournerai poussière et entre-temps, je mange de la poussière!"
Aussi, rares sont les familles qui ont connu des mobiliers, des vaisselles, des électros et des toilettes comme nous. Il n'est plus aussi évident ni banal de faire le ménage. Comprenez Halima qui fait face à toutes les exigences normales et insignifiantes de blancs qui ont grandi en pliant leur nombreux vêtements en quatre. Je me rappelle le jour, banal en soi, où ma mère qui pliait les draps et les serviettes m'a montré que de placer les beaux côtés pliés vers la porte de l'armoire faisait plus beau. Je me rappelle ranger mes serviettes comme cela sans même réfléchir (Sophie ne se rappellera peut-être pas que j'aie rangé des serviettes... mais...) Et voilà que Halima n'a jamais rangé de serviettes dans une armoire. Elle n'a jamais eu qu'une serviette.
Pourtant, Halima n'a jamais été en peine, du point de vue du Niger. Elle est scolarisée. Elle parle très bien français. Elle pratique de bonnes règles d'hygiène et de santé. Sauf qu'elle s'est retrouvée seule, avec ses trois derniers enfants.
Pourquoi? Pour sa foi. Convaincue que Jésus est le messie et le fils de Dieu, elle est devenue chrétienne. Son mari ne l'a pas accepté. Elle est restée attachée à Jésus sans rejeter son mari. C'est lui qui l'a fait. Aujourd'hui, il est remarié avec une jeune femme.
Il y a donc du travail à la maison, mais par-dessus le travail, il y a une femme qui a besoin de pourvoir à ses trois garçons.
Nous apprenons en Afrique, qu'il n'y a pas deux réalités distinctes telles que les gens et le travail. Il n'y a que des gens qui ont entre eux le travail. Pour les Nigériens, ce n'est pas le travail qui est évalué et rémunéré, c'est la relation et les personnes. Une relation installe un pont de confiance, la confiance permet l'échange d'argent. Pas besoin de contrat ni de reçu. C'est nous. Je peux manquer d'argent aujourd'hui, le travail sera fait quand même - pas de griefs - nous sommes ensemble. Il ou elle peut rentrer plus tôt pour des raisons de santé ou de météo sans pâtir, nous sommes ensemble.

Être ensemble, s'est faire parti de la même gang et une gang se tient. C'est beau écrit comme cela, mais, cela vient nous chercher au plus profond de notre être. L'ensemble de ces différences est plus difficile, non pas à comprendre, mais à assimiler. Or, en même temps, si on veut aider le développement du pays, il faut toucher à cela. Et, au nom du développement, je ne suis pas sûr de vouloir toucher à cette attitude solidaire, sauf que cela induit le favoritisme d'un côté et l'exclusion de l'autre.
Ce n'est pas facile à penser quand on réalise que congédier quelqu'un veut dire ouvertement le rejet. Pourtant, on ressent tous cela au Québec lorsqu'on est congédié, même pour des raisons externes (rentabilité, restructuration, manque de commandes, etc.) C'est toujours NOUS qui perdons notre job. Sauf qu'ici, les arguments qui séparent le travail de la relation entre les gens ne passent pas. Je ne peux pas dire que je m'entends bien avec Moussa en dehors de la job, mais qu'au travail, je ne peux pas le sentir. Les deux sont indissociables. Si je ne peux pas le sentir, je n'endurerai pas ses compétences et son expérience non plus. Si je m'entends bien avec lui, j'endurerai ses erreurs et ses manquements.
Ben voyons! vous pensez, alors vous comprenez combien ce n'est pas évident pour nous d'assimiler ce mode de vie, ce mode d'être. Sauf que s'est intéressant. Et nous sommes les nouveaux, les étrangers, c'est à nous de s'adapter.

Pour revenir à Halima, elle fait très bien son travail, même si on trouve des vêtements pliés en huit au lieu d'en quatre. On l'aime bien et, surtout, on peut lui faire confiance, très confiance. Et la confiance, ça ne se monnaye pas.

Daniel