Rien ne nous semble plus pénible que d’allier à la clinique ou à l’urgence. Personne n’envisage se présenter chez le docteur pour le plaisir. En brousse, c’est un peu pareil, sauf que l’occasion se présente rarement. Alors, si une femme a eu mal il y a deux mois et qu’elle aurait aimé voir le docteur, elle viendra aujourd’hui en voir, même si le mal n’est plus. Même chose pour un homme.
Comment travaillons-nous? Nous devons d’abord trouver un village qui n’est pas servi par les services de santé nationaux, c’est une exigence gouvernementale. C’est une question de ne pas voler la job des travailleurs de la santé. Ces villages se trouvent par nos contacts dans le pays avec différents organismes ou amis.
Avant l’arrivée de nos professionnels canadiens, nous préparons nos équipements et médicaments. Nous devons d’ailleurs apporter notre eau filtrée de la maison pour boire, surtout pour nos Canadiens de passage que nous ne voulons pas exposer à des bactéries. Toutefois, pour la cuisson, le village nous approvisionne en eau de puit. Cette eau sera bouillie de toute façon. Au dernier village, il y avait de l’eau plutôt boueuse pour le lavage de vaisselle et de douche. Les villageois la buvaient. Mais il y avait une grande quantité de sable dedans. Nous ne pouvions pas voir le fond du contenant.
Les futurs patients doivent passer au triage, vous savez ce petit local de l’hôpital où on nous appelle et où on voit une infirmière qui juge de la gravité de notre cas (si vous avez des enfants malades, c’est le lieu où il saute et courent partout et où la fièvre des 3 derniers jours a disparu). Eh bien, nous devons avoir une infirmière qui évalue, du mieux qu’elle peut, avec un traducteur, qui a le plus besoin de soin. Ce rôle est difficile car il relève de l’arbitraire et des apparences. De plus, tous croient qu’ils peuvent être en meilleure santé et que les chances d’avoir des médicaments, même avec des services de santé officiels, sont faibles. Parfois, le stock de médicament est vide, malgré la présence d’une infirmière dans le village.
Les deux derniers villages que nous venons de faire, nous avions prévenu les chefs que nous ne voulions voir que les vrais malades, disons, vraiment malades. Ainsi, les gens étaient prévenus que nous ne faisions pas une distribution automatique de médicaments. Alors le flot de gens était moins imposant. Il faut tout de même dire non, surtout à des jeunes hommes forts qui se plaignent de maux mineurs.
Après être passé au triage, les patients doivent payer. Un dollar par adulte, cinquante cent les enfants de plus de 5 ans., sinon grattuit Malgré que nos médecins soient bénévoles et qu’ils paient leurs dépenses, le Ministère des ONG demande que les soins ne soient pas gratuits : compétition oblige. Toutefois, nous sommes engagés envers le village de retourner l’argent sous forme de projet de santé ou d’éducation, selon la demande du village.
Quand leur tour arrive, les patients se dirigent vers la salle des docteurs, parfois une case en paille, parfois une maison, parfois dehors à l’ombre. Chaque docteur a un traducteur. Toute la consultation passe par le traducteur. Les traducteurs sont amenés par nous et ils ne sont pas attachés aux villages de sorte que les patients perçoivent un certain degré de confidentialité.
Après les docteurs, il y a la pharmacie, où encore il faut de la traduction pour bien s’assurer que les patients comprennent comment prendre les médicaments. Dans notre dernier voyage, les médecins faisaient eux-mêmes la pharmacie, faute de personnel. Nous avions deux infirmières, une au triage et l’autre pour assister les docteurs (faire des pansements, des tests sanguins et préparer des médicaments).
Moi, j’avais le job de superviser les opérations. Je m’assurais que le triage n’envoyait pas trop, ni trop peu, de patients, que les cuisinières ne manquent de rien, vider la bécosse, prévoir la pause-café, synchroniser les repas avec la fin des cliniques et vice-versa.
Est-ce que j’oublie quelque chose? Pas consciemment. Si vous avez des questions, osez. Mais je ne connais pas vraiment la nature des bobos soignés.
Ah oui! Le soir nous projetions un film de la vie de Jésus traduit dans leur langue. Pour certain village, c’est une rare occasion de voir un film. Le matin, on se levait avant 7h et si on est résistant, le film se terminait vers 22h. Ce n’est pas parce que je connais la fin du film que je dormais avant la fin. Fatigue oblige.
Har Assarat (à plus tard)
Daniel