21 février, 2008

Jours de poussière

Notre saison actuelle est la poussière. Il vente. Le vent est bon, il est frais. Mais on sent que le Soleil chauffe nos couaines dès que le vent arrête. Le vent est frais parce que le Soleil est caché par une couche de poussière, à mi-chemin entre les particules par million et le sable, cette poussière nous fait douter quand on regarde le disque solaire: est-ce la Lune papa?
Vents et poussière
Hier, j'étais au marché de Boubon. Petit village semitouristique, réputé pour ses poteries d'argile cuites. Je suis allé au marché pour y trouver des hommes que j'ai coutume de visiter à leur campement. Or, dans la semaine, ils vont d'un marché à un autre. Au campement, il ne reste alors que des femmes et des enfants, il ne sied pas bien d'y aller pour moi. Avant il y avait un vieil homme. Je baraguouinnais mon tamasheq et j'aiguisait mon oreille avec lui et sa patience.
C'est au marché de Boubon que j'ai compris tout l'émerveillement des jours de marché en dehors de la ville.
Je marchais au milieu des étals. Ici du tissu, là des légumes, attention où placer les pieds, il y a les céréales et les épices et les feuilles séchées. La viande hachée à coups de hache. Les yeux courent partout à la recherche des visages - car je cherche ces hommes que je connais. Je m'arrête, les yeux gavés de marchandise étalée, quand mon ouïe remplace la vue. J'entends, j'écoute, je me laisse porter par la rumeur:
- Ginette, tu es revenue
- Comment ça va?, et la santé?
- Juste la paix,et les enfants?
- Paul est malade
- l'école est fermée
- la tempête de neige, parle-moi-en pas.
- Et toi, le vent, gonno, bani samay
- terengo, kala tonton, mate gaham...
tout ce flot de sons et de mots d'humains qui jasent, heureux de se retrouver, de ragoter, de retrouver d'autres humains emportés par la circonvolution terrestre.
J'ai cherché à quoi comparer cette rumeur paisible des nouvelles de la semaine, car il n'y a de marché qu'un jour par semaine. Il faut penser à une grande réunion de famille. Mais il faut choisir la famille, disons les Pothier, vous imaginez, une famille qui ne se voit pas trop souvent et qui est heureuse de se voir et qui a toute une vie à se raconter, tous en même temps, car il file tellement vite qu'il ne faut pas le perdre.
Je ne peux pas comparer cela à un centre d'achat assourdi par la musique, ni à une terrasse de la place Jacques-Cartier, ni à une foule du festival de Jazz.
Je suis encore bouche bée!

La fin de l'histoire est que j'ai trouvé Arali et son beau-frère et leur petit troupeau pour le marché. Ils se trouvaient du côté du marché au bétail. Une nouvelle fascination. Chaque groupe a son petit troupeau et se tient à son kiosque de marché au puces imaginaires. Il ne s'agit que d'un terrain vague, un genre de stationnement de ciné-parc sans asphalte, sans St-Eustache, sans Mathers. chacun des groupes a sa douzaine de chèvres et de moutons.
J'ai mis du temps à comprendre ce qui s'y passait. Pour être franc, j'ai eu besoin de 24h pour tout procéder. Je ne serais pas un fameux Jack Bauer, ou l'action serait très lente!
Quelqu'un vient:
- combien le bouc là?
- non, je ne le vends pas, il y a la beige, le tacheté et le bleu.
Un autre vient, il négocie le tacheté et part avec.
Mon ami revient avec une chèvre, il la pousse dans un tas! tous les animaux, solidaires, se collent les uns sur les autres, comme s'ils se connaissent depuis toujours. Un jeune du marché travaille à s'assurer que le nouveau troupeau reste ensemble. Un agneau court de gauche à droite, personne ne s'agite. Un jeune l'attrape par la patte arrière et le ramène à son propriétaire, comme s'il allait de soi à qui appartient chaque animal.
Mais qu'est-ce que fait Arali à chaque jour dans un marché avec son bétail (une partie seulement)?
D'autant plus que je ne vois pas de montant important se promener d'une main à une autre. 5$, 10$, 2$. Je m'inquiète même, est-ce qu'il se fait arnaquer? j'ai compris ce matin. Je n'étais pas au marché de Boubon. J'étais à la bourse de Boubon. Ces hommes achètent et vendent et cherchent à augmenter un peu leur valeur ou à dégager un peu de liquidité sans mettre en péril leur troupeau et leur avoir (en tamasheq, le mot troupeau veut aussi dire richesse - capital). Ainsi, ils s'échangent un bouc pour une chèvre et 5$, un agneau et 10$ pour un mouton, ainsi de suite. Chacun bouge de gauche à droite comme sur le parquet de la bourse, un peu moins paniqués, je l'admet, surtout que le marché ne s'effondrera pas.
Avec la liquidité dégagée, ce sont les hommes qui font les courses, même les vêtements pour les femmes et la famille et - oh miracle! - les femmes sont contentes. Mais rassurez-vous, si elles ne le sont pas, elles savent le faire savoir.

Êtes-vous fatigués de lire?
Je prends une pause
bye
Daniel

07 février, 2008

Qui a peur des lézards?

Qui a peur des lézards?
Parmi les avantages d'avoir un chat, il y a celui qu'il chasse les souris,
il est chaleureux
il permet aux enfants de s'attacher à un animal et à Antoine de passer une part de son énergie.

Mais quand est-il des lézards?


Si près des souliers, j,ai eu peur qu'il ne le cache dans mes souliers, comme faisait le chat de ma tante avec les mulots.
Non, Caramel, le chat de son nom, a tout mangé le lézard, jusqu'à l'extrémité de la queue.

Pas Caramel le chat

Voilà
Daniel

06 février, 2008

Rapport d'Ayorou


Me voici revenue
(propos recueillis auprès de Sophie)
Élohise et moi sommes allés toutes la journée à Ayorou, une ville à 200 km de chez nous.
Nous avons dû nous lever à 6h du matin pour prendre le bus à 7h, dont il fallait acheter les places à 6h30. Nous sommes rentrées à 18h à la maison. Nous étions fatiguées car nous avons passé la journée dehors avec des petits coins d'ombre. Ceci fait que nous n'avons pas pu regarder le Superbowl qui commençait à minuit, heure d'ici.(oups, j'ai ajouté ma pensée là).
Comme a dit Élohise: Ah! quelle belle journée!
En effet, nous avons eu un soulagement de constater que la vie dans une ville où il y a de l'électricité 8h par jour et sans eau courante n'est pas si terrible que ça.
Nous avons trouvé les maisons en Banco - brique de boue - bien jolies. D'autant plus que les murs peuvent être décorés avec de la peinture. Certaines sont décorées avec des fleurs peintes en couleur sur les murs.
Le marché est vivant et les gens sont très gentils. Nous n'avons pas été harcelées, ni par les marchands, ni par des mendiants.
J'ai pu pratiquer le tamasheq et certains vendeurs se sont amusés à m'apprendre de nouveaux mots à partir des choses qu'ils vendaient.
La région d'Ayorou a cette particularité que la majeure partie des tamasheq sont des descendants d'esclaves. Ceci impliquent deux choses, ils sont moins snobs, moins hautains à cause de leur rang social. Donc, quand on leur parle, ils ne se vantent pas de parler une langue difficile ni de parler le meilleur tamasheq (parmi les 4 dialectes qui nous entourent). L'autres choses, ils sont plus travaillant, plus disposés à se salir les mains, car, vraiment, beaucoup se considèrent comme des princes et des princesses parmi les autres groupes.
Dans le marché, les Ikelanes (descendants d'esclaves) se distinguent par un vêtement traditionnel qui sont brodés avec les symboles de leur esclavage dans le dos et de leur liberté sur la poitrine.

En mauvaise touriste, je n'ai pas pris d'appareil photo. Il faut dire que je ne suis plus tant une touriste dans ce pays.

ciao
Sophie

03 février, 2008

Ayorou!


On a changé de chaise.
Voilà ma chère Sophie parti en Bus vers Ayorou pour la journée.
Elle a tiré des leçon de mes aventures. Elle a pris un bus où tu payes pour ta place et elle est réservée pour le retour, à la demande.
Elle n'est pas partie seule non plus. Elle est partie avec Élohise. En effet, Élohise aussi a commencé un cours de Tamasheq pour débutant. Ainsi, elles seront deux à pratiquer. Car aujourd'hui, dimanche, c'est jour de marché à Ayorou.
Elles sont allées à Ayorou aussi pour visiter la ville avec une amies américaines qui y habitent. Sophie et Élo y découvriront comment on y vit, sans électricité ni eau courante!

Pour moi, je suis paisible. Mes enfants s'amusent merveilleusement. La preuve, je peux écrire cette page. Marianne et Antoine viennent de faire une cabane dans leur chambre. Ce matin ils ont fait des châteaux de sable dans la cour. On a peut-être pas de bonhomme de neige, mais on a des château de sable, na na na!

On vient de passer quelques semaines avec des Canadiens qui nous ont aidé à démarrer nos projets de sensibilisation. Pour Sophie et moi, nous avons eu l'occasion de faire la connaissance d'un Touareg qui connait bien l'anglais et qui est scolarisé, de sorte qu'il nous aidera à apprendre sa langue grâce à une grammaire que nous avons trouvée en anglais.
Pendant ces deux dernières semaines, j'ai découvert aussi un besoin criant pour les pauvres du Niger, comme du monde entier: Un Budget familial. En effet, tous vivent sous une forme de crédit ou autre, mais personne n'a de cartes de crédit, fiou! Chaque petit boutiquier se distingue par sa capacité à faire crédit. Chaque client choisi son "dépanneur" selon qu'il lui fait crédit ou non. Mais, personne ne compte. Ils se jettent dans le vide. Or, faire un budget quand on gagne 100$ par mois, faire un budget peut faire une différence, une belle différence. Je commence à en toucher un mot avec mes amis. Mais, j'ai plus que le défi d'enseigner à compter. J'ai rencontré de la crainte et de l'incrédulité. Mieux vaut ne pas savoir...
Or le prix Nobel de la paix qui a démarré le micro crédit disait qu'il a dû convaincre les gens qu'ils étaient capables de réussir. Je vois le même défi, car s'ils ne comptent ni ne gèrent ce qu'ils ont, j'ai constaté qu'ils ne feront pas mieux avec plus d'argent. La devise semble être: Tant qu'il y en a de l'argent, on le dépense. Demain, on verra.

Autre nouvelle, que Sophie ne sait pas encore, la femme de mon gardien de jour a accouché cette nuit d'une petite fille et les deux vont bien.

Bye, j'attends Sophie et je lui fait écrire ce qui s'est passé pour elle et Élohise.

Daniel