
Hier, j'étais au marché de Boubon. Petit village semitouristique, réputé pour ses poteries d'argile cuites. Je suis allé au marché pour y trouver des hommes que j'ai coutume de visiter à leur campement. Or, dans la semaine, ils vont d'un marché à un autre. Au campement, il ne reste alors que des femmes et des enfants, il ne sied pas bien d'y aller pour moi. Avant il y avait un vieil homme. Je baraguouinnais mon tamasheq et j'aiguisait mon oreille avec lui et sa patience.
C'est au marché de Boubon que j'ai compris tout l'émerveillement des jours de marché en dehors de la ville.
Je marchais au milieu des étals. Ici du tissu, là des légumes, attention où placer les pieds, il y a les céréales et les épices et les feuilles séchées. La viande hachée à coups de hache. Les yeux courent partout à la recherche des visages - car je cherche ces hommes que je connais. Je m'arrête, les yeux gavés de marchandise étalée, quand mon ouïe remplace la vue. J'entends, j'écoute, je me laisse porter par la rumeur:
- Ginette, tu es revenue
- Comment ça va?, et la santé?
- Juste la paix,et les enfants?
- Paul est malade
- l'école est fermée
- la tempête de neige, parle-moi-en pas.
- Et toi, le vent, gonno, bani samay
- terengo, kala tonton, mate gaham...
tout ce flot de sons et de mots d'humains qui jasent, heureux de se retrouver, de ragoter, de retrouver d'autres humains emportés par la circonvolution terrestre.
J'ai cherché à quoi comparer cette rumeur paisible des nouvelles de la semaine, car il n'y a de marché qu'un jour par semaine. Il faut penser à une grande réunion de famille. Mais il faut choisir la famille, disons les Pothier, vous imaginez, une famille qui ne se voit pas trop souvent et qui est heureuse de se voir et qui a toute une vie à se raconter, tous en même temps, car il file tellement vite qu'il ne faut pas le perdre.
Je ne peux pas comparer cela à un centre d'achat assourdi par la musique, ni à une terrasse de la place Jacques-Cartier, ni à une foule du festival de Jazz.
Je suis encore bouche bée!
La fin de l'histoire est que j'ai trouvé Arali et son beau-frère et leur petit troupeau pour le marché. Ils se trouvaient du côté du marché au bétail. Une nouvelle fascination. Chaque groupe a son petit troupeau et se tient à son kiosque de marché au puces imaginaires. Il ne s'agit que d'un terrain vague, un genre de stationnement de ciné-parc sans asphalte, sans St-Eustache, sans Mathers. chacun des groupes a sa douzaine de chèvres et de moutons.
J'ai mis du temps à comprendre ce qui s'y passait. Pour être franc, j'ai eu besoin de 24h pour tout procéder. Je ne serais pas un fameux Jack Bauer, ou l'action serait très lente!
Quelqu'un vient:
- combien le bouc là?
- non, je ne le vends pas, il y a la beige, le tacheté et le bleu.
Un autre vient, il négocie le tacheté et part avec.
Mon ami revient avec une chèvre, il la pousse dans un tas! tous les animaux, solidaires, se collent les uns sur les autres, comme s'ils se connaissent depuis toujours. Un jeune du marché travaille à s'assurer que le nouveau troupeau reste ensemble. Un agneau court de gauche à droite, personne ne s'agite. Un jeune l'attrape par la patte arrière et le ramène à son propriétaire, comme s'il allait de soi à qui appartient chaque animal.
Mais qu'est-ce que fait Arali à chaque jour dans un marché avec son bétail (une partie seulement)?
D'autant plus que je ne vois pas de montant important se promener d'une main à une autre. 5$, 10$, 2$. Je m'inquiète même, est-ce qu'il se fait arnaquer? j'ai compris ce matin. Je n'étais pas au marché de Boubon. J'étais à la bourse de Boubon. Ces hommes achètent et vendent et cherchent à augmenter un peu leur valeur ou à dégager un peu de liquidité sans mettre en péril leur troupeau et leur avoir (en tamasheq, le mot troupeau veut aussi dire richesse - capital). Ainsi, ils s'échangent un bouc pour une chèvre et 5$, un agneau et 10$ pour un mouton, ainsi de suite. Chacun bouge de gauche à droite comme sur le parquet de la bourse, un peu moins paniqués, je l'admet, surtout que le marché ne s'effondrera pas.
Avec la liquidité dégagée, ce sont les hommes qui font les courses, même les vêtements pour les femmes et la famille et - oh miracle! - les femmes sont contentes. Mais rassurez-vous, si elles ne le sont pas, elles savent le faire savoir.
Êtes-vous fatigués de lire?
Je prends une pause
bye
Daniel
1 commentaires:
C'est intéressant ce marché.
Nous prions pour vous,
- Stef et Nathan
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