26 octobre, 2012

La fin de la cantine

J'ai appris officiellement que la cantine que nous avions commencé n'a pas été renouvelée cette année.  Le projet original était pour trois ans, les trois ans sont passés.  Le financement n'a pas été renouvelé.
Quelle est la raison?  La dernière raison, l'ultime (car il y a d'autres raisons), est que le projet est trop petit.  Pour un grand bailleur de fonds, un projet de $25 000 et un autre de $1 million représentent la même quantité de travail, de formulaires et de temps.  C'est le même processus de décision que pour les banques à qui nous demanderions un prêt.  En soi, dans cette décision, il n'y a pas de méchants.  C'est un système qui prend au piège ses acteurs.
Dans cette perspective, nous pouvons comprendre pourquoi Muhammad Yunus de la Grameen Bank a reçu le prix Nobel de la paix en 2006: il a mis sur pied du micro-crédit accessible pour les plus pauvres (des prêts de moins de $4 000). Ceux-ci ont pu démarrer des entreprises et avoir leur propre entrepreneurship pour briser le cycle de la pauvreté.
De même, la cantine à $25 000 était en train de changer la vie d'un village.  Les enfants mangeaient les jours d'école.  Les enseignants avaient un rôle valorisé et les enfants étaient éduqués.  Halima menait des leçons d'hygiène et les femmes du village ont demandé des latrines (toilettes) pour rendre leur village plus propre.  D'autres ONG sont venus faire des projets, encouragés par la présence de la cantine et de la volonté des villageois.  Pour le continuer, ce projet, il y aurait fallu faire 10 ou 20 cantines.  Pourquoi pas?  Parce qu'il faut connaître les besoins des villages et leur intérêt pour un tel projet chez eux.
Sophie et moi croyons que le développement peut s'opérer à l'échelle locale et personnelle.  Toute population a besoin d'un contact personnel pour relever un défi collectif.  Un programme humanitaire à grande échelle sera toujours intéressant, mais il a besoin d'assises solides pour réussir.  Or, les assises solides reposent sur les gens et non sur les activités et les objectifs.  Malheureusement, dans le développement, la quantité d'argent dépensé est souvent une mesure du succès.  Plus on dépense de l'argent, plus "on fait quelque chose pour les pauvres".
Sophie et moi avons découvert que les pauvres n'attendent pas tant que nous fassions quelque chose pour eux, mais que nous soyions avec eux.  C'est pourquoi, nous savons que même avec peu d'argent, quand nous serons avec eux, ils auront une satisfaction.  Ainsi, je dis au gens qu'en nous soutenant financièrement, ce soutien aura un impact direct sur les plus pauvres de la terre.
J'écris, et ce n'est pas souvent, avec les larmes aux yeux.  En effet, je pense à Abduramane, à Marie, à Ibrahim, à Denis, à Halima, je pense à des personnes et non à des pauvres.  Je ne vous publie pas de photos pour garder leur dignité.  Je pense à eux et j'ai une part de colère envers le "système" qui prive aussi ces personnes, un système axé sur le profit et "l'efficacité".
Pourrais-je faire à nouveau un tel projet?  Une fois sur place, nous pourrons voir et chercher encore un bailleur de fonds.  Peut-être y en a-t-il un qui est ouvert à un tel projet qui commence petitement!

Daniel

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