16 août, 2013

Confiance vs méfiance

Est-ce que tous les humains sont méchants?
Est-ce que tous les humains nous veulent du mal?

Personnellement, je pars ma réflexion de moi-même.  Si je ne suis pas en train de prévoir des méchanceté, si je ne suis pas en train de vouloir du mal pour quelqu'un, eh bien, il est plus que certain qu'il y a une autre personne comme moi.  Alors, ça vaut la peine que je fasse confiance aux autres.  Mais si nous ne sommes pas en train de penser à faire du mal, moi et une autre personne potentiel, sur quoi je me base pour être méfiant?  Sur l'apparence?  Sur le niveau social?  Sur un préjugé quelconque?

Au Niger, nous avions fait confiance à une femme.  Nous l'avions embauché comme femme de ménage.  Elle ne nous a pas volé, mais elle ne travaillait pas bien et elle le reconnaissait.  Nous lui avons proposé un prêt pour qu'elle démarre son commerce, un prêt de $700.  Elle a tenté l'expérience, mais elle n'a pas réussi et elle a dû vendre ses articles à perte.
Elle était mûre pour la méfiance alors...
Nous avions déménagé, nous étions loin de cette femme, mais quand Sophie a conçu une formation d'animatrice, nous avons pensé à elle.  Sophie l'a formée pour animer de façon participative sur des thèmes de santé et d'hygiène.  Cette femme s'est appropriée la formation.  Elle a fait les animations avec succès.  Elle a été remarqué par des ONG internationaux.  Elle a eu un premier contrat pour animer dans des camps de réfugiés, puis dans une autre organisation pour d'autres régions.
Lors de mon dernier voyage, elle tenait à ce que je visite ses nouveaux patrons, des Américains.  Ils croient en elle et ils lui confient un bureau dans une autre région, qui est en fait tout près de sa région natale.  Dieu lui fait du bien.  Elle reste toujours nerveuse, insécure quant à ses aptitudes, et pourtant, elle fait bien son travail et elle est digne de confiance.

Je sais bien qu'il ne faut pas être naïf envers tout le monde.  Mais il reste que j'apprends à prendre des risques, à les assumer et à payer mes pots cassés.  Je refuse de céder à la méfiance.
Je dis cela, mais à Montréal, je réapprends à faire face à mes préjugés québécois alors que je vis parmi les plus méprisés.

ciao
Daniel

01 août, 2013

Lac Mégantic et développement international

J'ai appris la nouvelle du train fou qui a explosé juste avant de partir pour l'Afrique, j'étais en France.  J'ai ressenti en moi toutes sortes d'émotions.  Je prenais connaissance d'une nouvelle de chez nous qui portait avec elle toutes les facettes du spectacle nécessaire aux bulletins de nouvelles du monde entier.  J'étais ému pour les habitants de ces blocs appartement en pleine ville, tués dans leur sommeil ou réveillés en catastrophe peu avant de mourir.  Une souffrance misérable. 
Puis j'ai ressenti la colère en pensant à la politique gouvernementale qui tend à "faire confiance aux entreprises privées" et qui dérèglemente presque toutes les sphères du monde industriel.  Je n'ai pas vérifié, mais je ne serais pas surpris que les mesures de sécurité qui viennent d'être mises en vigueur pour régir le transport de pétrole en train existaient déjà il y a dix ans.  La colère a augmenté en moi en pensant aux crédits d'impôts et aux évasions fiscales que les compagnies bénéficient afin de faire prospérer notre économie et pour créer de l'emploi (un chauffeur par train, appelle-t-on cela de la création d'emploi?)  Je n'ai creusé aucune de ces questions, je m'en allais en Afrique.
Dans mes bagages, j'avais apporté un livre interdit de publication que j'ai trouvé sur internet: Noir Canada.  J'ai commencé la lecture vers la fin de mon voyage.  Pour vous exposer les scandales que ce livre expose, imaginez que la catastrophe de Lac Mégantic soit arrivée dans un pays africain et que la compagnie responsable soit canadienne.  Serions-nous plus gentils que la compagnies MMA?  En effet, la compagnie refuse de se prononcer.  En Afrique, j'ai entendu que le représentant avait été arrogant en conférence de presse refusant de déclarer la responsabilité de la compagnie et n'exprimant ses sympathies que du bout des lèvres.  Et bien, ce genre de catastrophes est arrivé trop souvent en Afrique, par Hydro-Québec, par des minières telles que Barrick Gold et encore plus.  Dès lors, nos impôts sont à l'oeuvre.  Les fonctionnaires du Ministère des Affaires Extérieurs et nos ambassadeurs se mettent à l'oeuvre auprès des autorités locales - Président, Ministres, Haut-Fonctionnaires, etc - pour désengager la responsabilité de la compagnie canadienne et pour que le pays absorbe tous les coûts qu'à causer la catastrophe.  Nos impôts servent à aider des compagnies coupables à ne rien payer.  Non seulement nos compagnies bénéficient de réductions d'impôts, mais elles reçoivent de l'appui juridique et diplomatique, comme si elles payaient beaucoup d'impôts.  Et nous, ici, nous nous plaindrons des assistés sociaux alors qu'ils sont exposés à la misère, pendant que nous payons pour que des compagnies provoquent des misères ailleurs.
Suite à cette lecture, je me dis que s'il y a des intérêts étrangers dans la compagnie MMA, les ambassadeurs de ces autres pays sont en train de parlementer avec nos Ministres et avec notre Premier Ministre Harper afin que la compagnie ne soient pas tenue responsable et que nos impôts absorbent les coûts de la catastrophe.  Et même si la compagnie est totalement canadienne, je suis sur qu'il y a des députés et des fonctionnaires du développement économique qui militent pour la compagnie.
Je suis encore en colère quand j'entends depuis mon retour que la compagnie se battra pour ne pas avoir à payer les millions de dollars.  Mais je suis enthousiaste à l'idée de me battre pour les plus malheureux de nos voisins.  Il est clair que des humains souffrent et que quelqu'un refuse d'envisager sa responsabilité.  Des humains souffrent de dépendre de l'aide sociale, ils souffrent de dépendent de produits conçus pour les accrocher et pour les rendre malade, ils souffrent de la pression à devenir des machine de production et de consommation.  Le train de Lac Mégantic avait besoin d'humains, dans le train, mais dans les bureaux de la compagnie et parmi les actionnaires de la compagnie, parmi les politiciens aussi.

J'arrête là pour l'instant, bien que je reviendrai vous raconter d'autres colères ramenées d'Afrique au sujet du soi-disant développement.

Le même Daniel

30 juillet, 2013

Silence, chaleur et café

Me voici de retour à Montréal après un voyage de 10h de bus entre Niamey et Ouagadougou.  Je suis heureux que le bus était climatisé, mais pas trop.  Nous n'avions que 500 km à parcourir, mais nous avons eu un éclatement et changer une crevaison de bus n'est pas aussi facile que sur une voiture.  Heureusement, chaque bus de cette compagnie, transporte un mécanicien et son apprenti en plus du chauffeur qui a aussi son apprenti.  Il y avait donc 4 personnes présentes pour prendre soin de la mécanique.  Avec l'éclatement, un frein est resté bloqué.  Notre mécanicien a passé une partie du temps sous le bus pour le réparer.  C'est arrivé très tôt, nous étions à peine sortis de Niamey, il était encore 5h du matin avec la fraicheur et sans Soleil.  Ce soir là, à Ouagadougou, j'ai voulu faire une sieste à 18h et je me suis réveillé à 4h du matin.  J'avais pensé faire le voyage en bus le même jour que mon avion, et ce sont mes amis Nigériens qui me l'ont déconseillé: "tu seras épuisé!"  J'ai bien fait de les écouter. 
L'avion n'a pas eu besoin de mécanicien, mais un orage a empêché les employés de l'aéroport de Bruxelles de travailler autour de l'avion par crainte des éclairs.  La compagnie nous a fait entrer dans l'avion, où nous avons attendu que l'orage cesse et que les employés fassent le plein et chargent les bagages.  L'avion était à peine plus confortable que le bus, mais enfin, je suis arrivé et j'ai retrouvé ma famille avec beaucoup de joie.

S'il m'avait manqué une chose, c'était un bon café.  Je suis un peu difficile, car je n'aime pas trop le café timorton.  Je pouvais tolérer le café instant, mais strictement par nécessité.  Sauf qu'à la maison, j'ai pu boire, le matin, un café fait dans ma cafetière italienne, rien d'extravagant, c'est une cafetière que je pose sur un rond de poêle et qui devrait faire des expresso, mais dans laquelle je mets moins de café et elle me fait une bonne tasse de café.

Et c'est à mon arrivé à la maison que j'ai réalisé que je venais de passer 3 semaines dehors.  Je mangeais, dormais et me douchais dehors, j'étais rarement dedans.  Un des voisins était impressionné: "Vous, vous vivez comme nous Africains!"  Je l'ai réalisé quand, à la maison j'avais chaud.  Ou plutôt, je manquais d'air, j'étouffais.  Même les fenêtres ouvertes et un thermomètre dans les 25°, j'ai comme chaud.
Mais encore, que dire du bruit.  Je n'ose parler de silence, car même au coeur de Montréal, je perçois l'absence de vie, de bruit, de gens.  Je vivais dehors, comme mon voisin disait, tous les Nigériens vivent dehors, donc il y a du bruit et de la vie auxquels s'ajoutent les coqs, les ânes et les chèvres.  Ici, silence.  C'est intéressant pour prendre mes temps de prières et de recueillement.  Sauf que je lisais le père Joseph, fondateur d'ATD Quart Monde, qui utilise la parole de Jésus: "Heureux les pauvres".  À partir de cette parole, il écrit que Jésus affirme sa présence parmi les pauvres, donc au coeur même de leur brouhaha, du vacarme et des chamailleries.  Le silence est un luxe, une richesse (je ne devrais pas écrire cela, car on nous le taxera!).  Je m'étais habitué à prier dans le brouhaha, je me réhabitue au silence.  Car quelques autos qui passent sans klaxonner, sans enfants qui jouent dehors, c'est le silence en Afrique.
Je vous reviens bientôt sur des réflexions que j'ai rapporté.

Daniel


20 juillet, 2013

Belles étoiles et belle toilettes


Je vous ai raconté que je ne loge pas à la même adresse que l'électricité et de l'eau courante. Cela me permet d'avoir une superbe vu la nuit sur les étoiles, car je dors dehors. Heureusement, comme c'est la saison des pluies, les nuits sont fraîches (au moins 30°). Mes hôtes disent souvent : « Nous avons l'air climatisé fourni par Dieu, gratuit, on ne paie rien! » Je dors tout de même sous moustiquaires, car qui dit pluie dit malaria (paludisme) transmise par les maringouins. Contrairement aux maringouins des Laurentides, ceux d'ici sont de petits commandos rapides et sournois qui nous dardent derrières les coudes et les chevilles.
Lors d'une activité journalière fréquente et ordinaire, j'ai réalisé que certains lecteurs n'ont par réalisé que si je n'ai pas d'électricité, je n'ai ni air climatisé, ni ventilateur. Donc, il fait chaud. C'est pourquoi je bouge beaucoup le jour pour visiter mes connaissances et changer d'ombres.
Mais je tiens à spécifier que sans eau courante, ça veut aussi dire par de douche. Je me lave à la main et au sceau entre quatre murs situés le long de la palissade extérieure de la maison. Ce cubicule n'a pas de porte ni de toit. C'est parce qu'on sait qu'il y a quelqu'un qu'on n'y entre pas. Je reconnais qu'il n'est pas facile de se laver partout tout en entendant les enfants courir, jouer et crier juste à côté. Rien de fâcheux n'est encore arrivé. Le pire resterait que moi j'entre dans la « douche » pendant qu'il y a quelqu'un d'autre et que je n'aurais pas reconnu le signe de sa présence!
Vous avez bien deviné, pas d'eau courante, pas de douche, pas de toilette. Ma belle toilette est un trou dans une dalle de ciment. Je me console par l'avis d'un docteur français, que j'ai entendu à la radio, qui dit qu'il est mieux pour la santé d'aller à la toilette en position « petit bonhomme » qu'assise, bien que ce soit inconfortable. Le docteur vient de publier un livre tel que le Médicament c'est vous ou proche de cela. J'aurai une bonne santé intestinale, faut croire! Ce n'est pas obligé et cela ne va pas de soi, mais j'ajouterai que nous n'avons pas de papier de toilette non plus! Pas de papier journal, ni de feuille d'érable. Surpris! Nous nous lavons à l'eau avec la … oui, encore deviné, la main gauche. (Ce qui vous ramène à mon texte sur les doigts...)



Pour répondre à vos autres questions, oui je mange bien, très bien même.

Daniel
En Afrique

Carême - Ramadan

Je suis arrivé au Niger avec le début du Carême musulman, soit le mois de Ramadan.
Pour moi, c'est la première fois que je le vis de si proche.  Je suis hébergé chez mon ami qui garde mes bagages et qui est musulman.  Son cousin est là qui pratique aussi le jeûne.  Pour eux, le mois de Ramadan, qui est calculé sur la Lune et qui dure entre 28 et 30 jours, est un mois béni pendant lequel tous ceux qui en ont la force doivent s'abstenir d'avaler quelque chose de la première prière de l'aube (6h) à la quatrième prière du début de soirée (19h30).  Ils ne doivent pas boire d'eau ni même avaler leur salive.  Mais dès la 4e prière, c'est la "rupture" et les musulmans célèbrent un casse-croute.
De l'extérieur, vu d'un monde séculier, même avec des yeux de croyants chrétiens, cette pratique semble rude et capricieuse.  Pourtant nous avions le carême chrétien.  Maintenant, il est pratiqué discrètement.  Moi même je me suis mis à le pratiquer depuis que je suis passé au Niger.  Pourquoi?  Parce que tous dans la rue nous demande comment est le Carême - Ramadan.  Alors, je me suis mis à expliquer que notre Carême chrétien n'est pas en même temps et qu'il n'a pas les mêmes exigences.  Avec de telles explications, je me devais donc de faire moi-même le Carême chrétien.
Néanmoins, en vivant le Ramadan de si proche, je remarque l'étincelle divine que Dieu a placé dans l'humain.  Le religieux nous permet de réaliser que l'humain n'est pas que animal ou que machinal.  Nous sommes autres, près de Dieu.  Dans cette pratique, je constate des hommes et des femmes qui se sentent dignes et fiers de pratiquer un rite religieux qui les poussent à se dépasser.  Ils ne sont pas seulement pauvres, ils sont ensemble dans un même rite.
Comme ils peuvent manger avant la première prière, nombreux sont ceux qui se lèvent tôt (4h) pour manger, comme mes hôtes.  La nuit, ils mangent comme à une fête: viande, jus, coca-cola, etc.  C'est pourquoi, parfois, certains disent: "je n'ai pas les moyens de faire le carême cette année!"  Après la soirée, ils vont cuisiner le repas du matin jusqu'à tard dans la nuit s'il le faut.
De par ma foi, je souhaite que tous puissent connaître l'Évangile et qui est Jésus-Christ, mais je ne veux pas qu'ils perdent cette dignité de faire des choix humains qui nous amènent au-delà du manger et du boire.  C'est notre Jésus qui a dit que l'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toutes paroles de la bouche de Dieu et l'apôtre Paul qui ajoute que le Royaume de Dieu n'est pas affaire de manger ou de boire, mais justice, paix et joie par le Saint-Esprit. 
Profitez-en pour saluer vos connaissances musulmanes.



Daniel en Afrique


15 juillet, 2013

Je porte le turban

Moi, avec une charette de paille, tirée par un âne.
Ce n'est pas nouveau pour moi.  Dans cette chaleur et ce soleil, le turban m'aide a résisté.  Je peux marcher tout en étant protégé des coups de Soleil.  Mais il me donne un peu d'anonymat.  Les gens ne remarquent que je suis blanc que lorsque je suis près d'eux, et ils sursautent parfois.
Depuis la guerre au Mali et la crainte envers les Touaregs, j'ai remarqué qu'il y a moins de gens qui le porte dans la rue.  Je dirai que c'est toujours une nécessité pour moi.

Je suis allé à Tillabéri dimanche pour célébrer l'église là-bas avec nos amis.  Le pasteur m'a demandé de prêcher un message canadien.  Dieu fait bien les choses, le vent s'est levé pendant l'église et il s'est mis à pleuvoir un peu après.  Pourtant mon message n'était pas trop canadien.  J'avais vraiment ces paroles à coeur, mais elles me rendaient mal à l'aise au début: "Heureux vous les pauvres!"  J'ai introduit mon message en disant que si Jésus venait en personne, ce sont ses paroles exactes et il aurait pu les dire facilement.  Je les lui ai empruntées.  Car Jésus désire être avec les pauvres, donc ils sont heureux puisqu'il est avec eux (le texte dit que le Royaume de Dieu est à eux).

Je vous laisse alors.
à bientôt
Daniel M.
en Afrique :)

13 juillet, 2013

La chaleur du Niger

Je suis bien arrivé au Niger.
Je dors là où nos meubles sont entreposés. Je n'ai ni électricité, ni eau courante. Mais j'ai un ciel clair, des milliers d'étoiles et des amis qui m'accueillent.
Ce qui peut être exaspérant en Afrique est que tout est lent ou à un rythme humain. Au regard de mon livre la 25e heure, ce n'est pas une bonne machine. Et je prends conscience de la mentalité de machine en moi.
Mon temps est terminé au cyber café.
Je vous reviens plus tard.

Daniel M.
en Afrique :)

10 juillet, 2013

Le défi: les doigts

Les doigts
Je me trouve toujours au Burkina Faso.  Avant de partir, je me suis donné un défi: Ne pas me ronger les doigts pendant 1 mois.
Ne riez pas, ce n'est pas si simple.  J'ai déjà épuisé toutes les techniques possibles et imaginées. 
Alors pourquoi relever ce défi maintenant?  Je compte que si je ne me ronge pas les doigts en Afrique, je réduis de moitié mes risques d'être malade.  Bien sûr, il faudrait pour remédier à ce risque que je me lave les mains chaque fois que je veux me ronger les doigts.  Ce serait une bien grande peine pour une activité futile.  J'étais bien conscient de ce risque dans mes séjours précédents, mais j'avais continué
à me ronger à moitié... et oui, j'allais souvent aux toilettes. 

Marcher
Depuis que je suis là, il pleut régulièrement.  Le ciel est semi couvert et le vent est rafraichissant.  Ce qui est traitre.  En plein jour, personne ne marche à Ouagadougou.  Il y a plein de voitures, de motos et de vélos, mais très peu de piétons.  Il y a aussi très peu de blancs et ceux que j'ai vu étaient en voiture, en moto ou en vélo, non, même pas en vélo.  Alors, j'étais l'exception, un blanc qui marchait en plein jour.  Le soir venu, ou dans les quartiers tranquilles, il y a toujours des gens qui marchent et je n'étais pas solitaire.  Il reste qu'un blanc qui marche se reconnait facilement.  Si je repassais dans une même rue, alors je revoyais mes anciens amis d'il y a toujours... de la demi heure d'avant!
Heureusement, ils sont tous très sympatiques.  Remarquez que chacun a sa nationalité détestée, tantôt les Américains sont les arrogants, tantôt les Français, surtout les Français, parce que les Burkinabés comprennent ce qu'ils disent.  Je n'ai pas encore rencontré quelqu'un qui ahuot lavoie de la rancune envers les Canadiens.  Un marchant d'à côté aime bien les Allemands parce qu'ils boivent beaucoup et qu'ils paient la bière.
Je suis rentré ce jour là fatigué, conscient de tous mes muscles - des hanches aux orteils.

Je me plains un peu, mais je suis heureux. 
Mon ami Serge m'a prêté un livre que je lis: la 25e heure.  Un des personnages y découvre une société industrielle.  Après avoir été injustement emprisonné et torturé, ce n'est que dans la société industrielle qu'il se met à avoir peur des hommes, qui pourtant ne le frappe pas.  Toutefois, ils sont insensibles et le traite comme une machine: ils ne sont plus humains.

bye, à ma prochaine connection internet.

 Daniel M.
en Afrique:)

08 juillet, 2013

Me voici à Ouagadougou

Je suis arrivé aujourd'hui à Ouaga, au Burkina Faso.  J'ai une bonne connection internet, donc je dois en profiter pour écrire!  Surtout que je suis en dehors du quotidien.
Je viens de passer une semaine dans la région de Paris.  J'ai appris que j'étais en Ile-de-France, à la frontière de la campagne.  Là-bas, j'étais occupé.  J'ai participé à une session sur les finances et l'administration pour ATD.  J'étais le représentant du Canada.  Ce qui m'a le plus fait plaisir dans cette session a été de voir que même quand les gens d'ATD parlent de financement, ils ne changent pas leurs priorités ni leurs valeurs.  J'avais besoin de voir, d'entendre et de sentir cela.  Trop d'organismes de charité changent de discours quand vient le temps de chercher de l'argent, puis que la fin justifie les moyens.  Souvent, les organismes vont changer leurs activités pour plaire aux donateurs.  De là, ils nient leurs expertises, leurs expériences, mais souvent leur valeur qui est de servir les gens et non de plaire aux donateurs: les fondations, l'ACDI ou d'autres.
Or, ATD déclare que les plus pauvres ont un savoir, une connaissance de la vie, une sagesse digne d'être partagée.  J'ai entendu la priorité du combat contre la misère sans se soumettre aux règles des riches.

À Ouaga, je suis arrivé en une merveilleuse journée.  Il y a une brise fraîche parce qu'il y a de la pluie dans l'air.  Je suis sorti pour souper dans la rue.  Les gens sont sympatiques.  J'ai eu une surprise, la noirceur est arrivée très tôt: 18h30.  Mais j'avais oublié de changer l'heure, donc je me pensais plus tard dans la nuit quand il n'était que 19h.

Donc, tout va bien de ce côté-ci.  Les mauvaises nouvelles me viennent de Lac Mégantic.  J'en ai eu la gorge serrée quand j'ai vu les images.  Mes condoléances aux familles.
 

27 juin, 2013

Les nomades c'est nous!

En nommant mon blog "Parmi les nomades", je comptais sur le fait que les Touaregs, nos amis, sont des nomades.  Pourtant, en trois ans, plusieurs de mes amis ont moins déménagés que nous.  Donc, nous sommes les nomades.
Ce 24 juin, nous venons de déménager dans un appartement temporaire, en attendant la confirmation d'un appartement à Hochelaga-Maisonneuve.  En écrivant "temporaire", il me vient à l'esprit plusieurs personnes que j'ai rencontré qui avaient été embauchés temporairement et qui étaient restés au même poste plus 15 ans.  Il y a même une personne qui occupait toujours un poste "temporaire" après 17 ans.  Toutefois, je considère que c'était un abus des patrons que de refuser d'en faire un poste permanent.
Comme Abraham, Isaac et Jacob, nous sommes que voyageurs et pèlerins sur la Terre.  Nous pouvons nous attacher à nos biens et à nos possessions, mais il y a une raison de vivre plus grande que de gagner plus de profit et d'accumuler plus de biens.  En passant, les objets qu'on accumulent sont conçus pour briser.  J'oserais même dire que nos maisons sont fabriquées avec une date d'expiration.  À tout le moins, les matériaux sont plus fragiles et font la fortune de RONA et de Home Depot.
Il y a plusieurs années, j'aurais dit que ma raison de vivre est spirituelle et pour la vie éternelle.  Je vivais pour Dieu et je visais de vivre dans son royaume plus tard.  Aujourd'hui, je considère Jésus-Christ avec autant d'estime, sinon plus, qu'avant, mais dans les Évangiles je lis que son royaume est commencé sur la Terre.  Il n'a pas un siège national, ni un pouvoir politique.  Mais comme l'a dit Jésus: "le Royaume de Dieu s'est approché".  Il est à proximité, autour de nous.  Le règne de Dieu est en "nous".  Il n'est pas en moi, comme une cure égoïste du Nouvel Age.  Il est dans un pluriel, moi + quelqu'un + un autre + encore...  Comme Dieu est infini, il ne peut pas être contenu en une seule personne.  Pour le découvrir, j'ai besoin de vous pour élargir mon champ de vision.
Dans l'Évangile, nous constatons la sévérité de Jésus envers les "autosuffisants" religieux, envers ceux qui se permettent d'exclure les faibles et les petits au nom de principes religieux.  Jésus nous ouvre les yeux: Dieu se cache dans une vieille pauvre qui donne deux sous, dans une femme qui a des troubles menstruelles (donc des SPM) depuis des années, dans un aveugle, dans un lépreux, dans une prostituée.
Nous sommes toujours des nomades pour Dieu sur cette Terre.  Mais nous le cherchons parmi les plus petits.
Bientôt, je pars pour l'Afrique encore.  Et je reviendrai écrire plus souvent sur ce blog.
Ciao!
Daniel

29 mai, 2013

Une courbe dans notre route

J'étais tenté de parler d'un virage ou d'un tournant, mais en fait nous n'entrons que dans une courbe.  Sophie et moi allons travailler parmi les plus pauvres, les plus exclus, afin d'édifier leur dignité et leur estime personnel.  Comme les pauvres à Montréal déménage souvent, nous restons "parmi des nomades" à Montréal.  Nous nous joindrons à ATD Quart Monde d'ici quelques semaines.
Lors de ma première rencontre avec ATD, un des responsables m'a expliqué leur manière de travailler en disant "nous travaillons avec les exclus" au lieu de "faire pour eux".  Le fondateur, le père Joseph Wresinski avait chassé une soupe populaire d'un bidonville et il refusait les dons de vêtements, "envoyez-nous des livres à la place", disait-il.
Or, c'est ce que Sophie et moi avions constaté au Niger que les plus pauvres ont un savoir et un savoir-faire pour leur situation.  Seulement, il manque de moyen ou d'imagination.  Ainsi pour nous, c'est un naturel que de se joindre à eux.  C'est pourquoi je compte ce changement comme une courbe dans notre parcours, même si nous changeons d'organisation.

Une des activités d'ATD est la bibliothèque de rue.  Nous apportons des livres dans un parc et nous lisons des livres avec les enfants en situation de pauvreté.  C'est une manière de sortir le livre de l'école et de son image négative et pénible.

À bientôt
Daniel

01 avril, 2013

Pâques

Joyeuses Pâques!

Il est ressuscité.  Oui, il est vraiment ressuscité!


15 mars, 2013

Banco!

Je souhaite vous parler du banco.  C'est le matériau des murs, tels que nous les voyons sur la photo.
Qu'est-ce que le banco?  C'est de la boue séchée.  Pour faire ces briques, les "bricoleurs" prennent de l'argile et ils mettent dans l'argile de la paille afin que la boue fige.
À notre regard, le matériau est fragile et friable.  Nous avons raison.  Des murs de boue sous la pluie, ça s'écoule doucement.  Dans la sécheresse, ils sèchent et s'effritent.
Mais, c'est génial pour le climat du Niger.  Si nous voulons comparer, le ciment est comme de la pierre, il absorbe la chaleur quand il fait chaud et se vide de la chaleur quand il fait froid.  Le banco garde la fraicheur quand il fait chaud et la chaleur dans le froid.  La paille dans les briques joue un rôle isolant.  Le banco est accessible, l'argile est naturel et c'est pour tout le monde.  Mais oui, il demande de l'entretien.
Bien entretenu, le banco est solide et je préfèrerais une maison en banco au ciment.  Nous pouvons installer des climatiseurs dans des maisons en banco.  Elles peuvent être électrifiée et avoir l'eau courante comme n'importe quelle maison.
Pourtant, le ciment a un effet psychologique.  Il représente un niveau de standing supérieur.  Il impressionne.  C'est vrai qu'il peut être plus solide, mais pour des raisons d'économie ou de tricherie, le dosage du sable est toujours (ou très souvent) supérieur à la norme.  Par conséquent, en cas de tremblement de terre, les chances de survie sont supérieures dans une maison en banco.  J'ai souvent entendu que des propriétaires qui se faisaient construire des maisons en ciment étaient présents sur le chantier et vérifiaient que les briques étaient bien fabriquées selon le dosage réglementaire, ou plutôt, selon le prix qu'ils avaient payé.

Toutefois, j'écris toujours à partir d'un sous-sol d'une maison en briques et en 2X4 de Montréal.  Il y a toujours des troubles au Mali, mais mes amis au Niger m'ont dit que les frontières sont sécurisées et qu'aucun problème n'est survenu chez eux.  De mon côté, je suis à la recherche d'un emploi là-bas.  Nous avons bon espoir.

À bientôt
Daniel

27 février, 2013

Comptoir Alimentaire 2

Hier encore, j'étais au comptoir alimentaire.  Je conteste les comptoirs et les banques alimentaires parce qu'elles proposent une prise en charge d'un besoin.  Elles sont des "acétaminophènes".  Je considère qu'il vaut mieux promouvoir la débrouillardise.  Par exemple, chercher les spéciaux de la semaine et prévoir son menu en fonction de ce qui est le moins cher ou apprendre des recettes simples et moins chères.
Parfois, j'ai entendu des gérants de banques alimentaire qui cherchent à contrôler la clientèle pour vérifier qu'elle est pauvre.  Les gérants craignent que les "clients" aillent revendre les denrées.  Pour ma part, si un "pauvre" va au comptoir alimentaire, prend des denrées et les revends, c'est une bonne débrouillardise.  D'abord, il ne deviendra pas riche comme cela.  Et s'il trouve un acheteur pour des denrées périmées ou à une semaine de l'être et à un prix "payant", il trouvera plusieurs concessionnaires d'occasions pour l'embaucher.  Non, le plus plate qui arrive est qu'une personne va prendre son panier et qu'elle va jeter les denrées qui sont périmées (bien qu'encore comestible) ou qu'elle va les jeter parce qu'elle ne sait pas ce que c'est ni comment les manger.
Là où le comptoir où je vais - Nouvelle Vision des Jeunes - me contredit c'est que ce sont les gens du quartier qui ont demandé un comptoir et ce eux qui le font.  Ils sont bien malhabiles, ils sont critiqués par d'autres organismes beaucoup plus efficaces, mais ils sont un témoignage de la débrouillardise que je valorise et de la solidarité que notre monde a besoin.  Deux valeurs qui vont à l'encontre de la course à la consommation de notre temps.

Daniel

21 février, 2013

Comptoir Alimentaire

Tous les lundis, j'aide un organisme communautaire pour un comptoir alimentaire.  Nous allons à Moisson Montréal chercher de la nourriture.
Je conteste vraiment les comptoirs ou les banques alimentaires.  Je crois qu'il vaut mieux accompagner les gens à se débrouiller pour magasiner, pour chercher les aubaines ou à économiser en achetant local. Toutefois, ce comptoir alimentaire, Nouvelle Vision des Jeunes, est mené par les pauvres eux-mêmes.  L'organisation est presque chaotique, mais le comptoir me rappelle les marchés africains où des gens se retrouvent et se mettent à jaser les nouvelles de la semaine.  La beauté et la valeur de ce comptoir est la prise en charge par la communauté elle-même.  Ce n'est pas un groupe de gens bien pensant comme moi qui veut servir les pauvres.
Donc, je commence souvent la journée frustrée, mais je la finis émerveillé par la communauté vivante.

Ciao
Daniel

26 janvier, 2013

La guerre au Mali

C'est avec surprise que j'entends parler de la guerre au Mali dans nos bulletins de nouvelles.
Je suis heureux d'être encore au Canada seulement parce que ma famille ne s'inquiète pas pour nous... pour l'instant.
Peut-on légitimer cette guerre?  Toute guerre est pénible et tordue.  Une guerre coûte de l'argent et quelqu'un va pays.  Dans ce cas-ci, le Mali amassera une dette envers la France, c'est sûr.
Maintenant, le problème est que les groupes qui ont imposé leur pouvoir au Nord du Mali sont guidés par un idéal religieux intransigeant.  Ils ont la bonne façon de prier Dieu et ils l'imposent avec les armes.  Il n'y a pas de place à la diplomatie ou à la négociation.  Quand nous étions au Niger et qu'il y avait des rebelles touaregs, je n'étais pas tant inquiet, car les Touaregs ont des revendications sociales, territoriales et financières.  Ils sont parlables.  Mais l'aqim, le mujao ou l'ansar-dine, jusqu'à présent, ils ne laissent pas paraître qu'ils peuvent diminuer leur exigence pour viser un vivre ensemble.
Personnellement, je suis un homme de consensus.  J'imagine toujours que deux personnes peuvent arriver à s'entendre.  Je crois à la réconciliation.  Toutefois, je ne suis pas naïf.  Il y a des couples qui se brisent, et parfois pour des bagatelles.  Il y a des collègues qui se détestent tous les jours ouvrables de 9 à 5.  Il y a des groupes qui ne peuvent que contredire leurs opposants, peu importe le bien fondé ou le bien commun.
J'ai découvert un ONG britannique qui cherche à promouvoir la paix par le développement.  Il s'appelle CORD.  Je trouve leur vision intéressante.  Bien qu'ils sont Chrétiens, ils promeuvent un vivre ensemble en écoutant les personnes en milieu de conflits pour qu'ils prennent en charge leur développement.  Ce qui inclut le dialogue.  
Cela me rappelle lorsque je suis arrivé dans un village du Niger pour faire un sondage.  Un groupe du village a voulu que nous quittions parce que nous sommes Chrétiens.  Je leur ai répondu: "Pas de problème, je suis l'étranger, c'est votre terre.  Laissez-nous le temps de plier bagages et nous partirons."  Un de mes collaborateurs touaregs et chrétien aussi est allé leur parler.  Ils m'ont alors rappelé.  Avec le dialogue, ils ont ouvert leur coeur, nous nous sommes entendus.  Dès lors, nous n'avons jamais été menacé et je suis prêt à dire qu'ils nous auraient protégés si nous avions eu à craindre quoi que ce soit par la suite.

À bientôt
Daniel

02 janvier, 2013

Bonne année!

Bonne année 2013!

Nous sommes tous rendus à 2013, malgré toutes les menaces de fin du monde.
L'humain a la force de résilience.  Nous pouvons nous enfarger dans notre vie personnelle ou professionnelle et nous pouvons toujours rebondir...  De mon côté, je crois que notre capacité de rebondir est meilleur lorsque nous sommes entourés de personnes qui nous supportent.  De même, je crois que l'humanité peut rebondir, elle peut le faire en dehors des sillons tracés qui nous gardent captifs de la consommation et de la pollution.
Comment voir 2013?
Je ne considère pas les nouvelles pour trouver le sourire.  Dans mon coeur, j'ai le sourire, même si je n'ai rien de concret qui me garantit le bonheur, sinon ma foi.  Depuis, quelques semaines, il y a plus de portes fermées pour notre retour en Afrique et pourtant, j'ai espoir, même si ce n'est que cela.  Je crois en Dieu et c'est bien ma foi qui me permet de sourire à 2013.  Je le dis au risque d'être contredit dans 12 mois.  Est-ce un pari?  un bluff?  une folie?  une foi et un désir familial!

Je vous souhaite de la foi et de l'espoir en 2013.  Nous disons souvent que la santé vaut tout, mais être malheureux en santé, ça fait le malheur long.  Mais être confiant et espérant, en santé ou non, le temps s'allège et le visage sourit.

À bientôt

Daniel