30 juillet, 2013

Silence, chaleur et café

Me voici de retour à Montréal après un voyage de 10h de bus entre Niamey et Ouagadougou.  Je suis heureux que le bus était climatisé, mais pas trop.  Nous n'avions que 500 km à parcourir, mais nous avons eu un éclatement et changer une crevaison de bus n'est pas aussi facile que sur une voiture.  Heureusement, chaque bus de cette compagnie, transporte un mécanicien et son apprenti en plus du chauffeur qui a aussi son apprenti.  Il y avait donc 4 personnes présentes pour prendre soin de la mécanique.  Avec l'éclatement, un frein est resté bloqué.  Notre mécanicien a passé une partie du temps sous le bus pour le réparer.  C'est arrivé très tôt, nous étions à peine sortis de Niamey, il était encore 5h du matin avec la fraicheur et sans Soleil.  Ce soir là, à Ouagadougou, j'ai voulu faire une sieste à 18h et je me suis réveillé à 4h du matin.  J'avais pensé faire le voyage en bus le même jour que mon avion, et ce sont mes amis Nigériens qui me l'ont déconseillé: "tu seras épuisé!"  J'ai bien fait de les écouter. 
L'avion n'a pas eu besoin de mécanicien, mais un orage a empêché les employés de l'aéroport de Bruxelles de travailler autour de l'avion par crainte des éclairs.  La compagnie nous a fait entrer dans l'avion, où nous avons attendu que l'orage cesse et que les employés fassent le plein et chargent les bagages.  L'avion était à peine plus confortable que le bus, mais enfin, je suis arrivé et j'ai retrouvé ma famille avec beaucoup de joie.

S'il m'avait manqué une chose, c'était un bon café.  Je suis un peu difficile, car je n'aime pas trop le café timorton.  Je pouvais tolérer le café instant, mais strictement par nécessité.  Sauf qu'à la maison, j'ai pu boire, le matin, un café fait dans ma cafetière italienne, rien d'extravagant, c'est une cafetière que je pose sur un rond de poêle et qui devrait faire des expresso, mais dans laquelle je mets moins de café et elle me fait une bonne tasse de café.

Et c'est à mon arrivé à la maison que j'ai réalisé que je venais de passer 3 semaines dehors.  Je mangeais, dormais et me douchais dehors, j'étais rarement dedans.  Un des voisins était impressionné: "Vous, vous vivez comme nous Africains!"  Je l'ai réalisé quand, à la maison j'avais chaud.  Ou plutôt, je manquais d'air, j'étouffais.  Même les fenêtres ouvertes et un thermomètre dans les 25°, j'ai comme chaud.
Mais encore, que dire du bruit.  Je n'ose parler de silence, car même au coeur de Montréal, je perçois l'absence de vie, de bruit, de gens.  Je vivais dehors, comme mon voisin disait, tous les Nigériens vivent dehors, donc il y a du bruit et de la vie auxquels s'ajoutent les coqs, les ânes et les chèvres.  Ici, silence.  C'est intéressant pour prendre mes temps de prières et de recueillement.  Sauf que je lisais le père Joseph, fondateur d'ATD Quart Monde, qui utilise la parole de Jésus: "Heureux les pauvres".  À partir de cette parole, il écrit que Jésus affirme sa présence parmi les pauvres, donc au coeur même de leur brouhaha, du vacarme et des chamailleries.  Le silence est un luxe, une richesse (je ne devrais pas écrire cela, car on nous le taxera!).  Je m'étais habitué à prier dans le brouhaha, je me réhabitue au silence.  Car quelques autos qui passent sans klaxonner, sans enfants qui jouent dehors, c'est le silence en Afrique.
Je vous reviens bientôt sur des réflexions que j'ai rapporté.

Daniel


20 juillet, 2013

Belles étoiles et belle toilettes


Je vous ai raconté que je ne loge pas à la même adresse que l'électricité et de l'eau courante. Cela me permet d'avoir une superbe vu la nuit sur les étoiles, car je dors dehors. Heureusement, comme c'est la saison des pluies, les nuits sont fraîches (au moins 30°). Mes hôtes disent souvent : « Nous avons l'air climatisé fourni par Dieu, gratuit, on ne paie rien! » Je dors tout de même sous moustiquaires, car qui dit pluie dit malaria (paludisme) transmise par les maringouins. Contrairement aux maringouins des Laurentides, ceux d'ici sont de petits commandos rapides et sournois qui nous dardent derrières les coudes et les chevilles.
Lors d'une activité journalière fréquente et ordinaire, j'ai réalisé que certains lecteurs n'ont par réalisé que si je n'ai pas d'électricité, je n'ai ni air climatisé, ni ventilateur. Donc, il fait chaud. C'est pourquoi je bouge beaucoup le jour pour visiter mes connaissances et changer d'ombres.
Mais je tiens à spécifier que sans eau courante, ça veut aussi dire par de douche. Je me lave à la main et au sceau entre quatre murs situés le long de la palissade extérieure de la maison. Ce cubicule n'a pas de porte ni de toit. C'est parce qu'on sait qu'il y a quelqu'un qu'on n'y entre pas. Je reconnais qu'il n'est pas facile de se laver partout tout en entendant les enfants courir, jouer et crier juste à côté. Rien de fâcheux n'est encore arrivé. Le pire resterait que moi j'entre dans la « douche » pendant qu'il y a quelqu'un d'autre et que je n'aurais pas reconnu le signe de sa présence!
Vous avez bien deviné, pas d'eau courante, pas de douche, pas de toilette. Ma belle toilette est un trou dans une dalle de ciment. Je me console par l'avis d'un docteur français, que j'ai entendu à la radio, qui dit qu'il est mieux pour la santé d'aller à la toilette en position « petit bonhomme » qu'assise, bien que ce soit inconfortable. Le docteur vient de publier un livre tel que le Médicament c'est vous ou proche de cela. J'aurai une bonne santé intestinale, faut croire! Ce n'est pas obligé et cela ne va pas de soi, mais j'ajouterai que nous n'avons pas de papier de toilette non plus! Pas de papier journal, ni de feuille d'érable. Surpris! Nous nous lavons à l'eau avec la … oui, encore deviné, la main gauche. (Ce qui vous ramène à mon texte sur les doigts...)



Pour répondre à vos autres questions, oui je mange bien, très bien même.

Daniel
En Afrique

Carême - Ramadan

Je suis arrivé au Niger avec le début du Carême musulman, soit le mois de Ramadan.
Pour moi, c'est la première fois que je le vis de si proche.  Je suis hébergé chez mon ami qui garde mes bagages et qui est musulman.  Son cousin est là qui pratique aussi le jeûne.  Pour eux, le mois de Ramadan, qui est calculé sur la Lune et qui dure entre 28 et 30 jours, est un mois béni pendant lequel tous ceux qui en ont la force doivent s'abstenir d'avaler quelque chose de la première prière de l'aube (6h) à la quatrième prière du début de soirée (19h30).  Ils ne doivent pas boire d'eau ni même avaler leur salive.  Mais dès la 4e prière, c'est la "rupture" et les musulmans célèbrent un casse-croute.
De l'extérieur, vu d'un monde séculier, même avec des yeux de croyants chrétiens, cette pratique semble rude et capricieuse.  Pourtant nous avions le carême chrétien.  Maintenant, il est pratiqué discrètement.  Moi même je me suis mis à le pratiquer depuis que je suis passé au Niger.  Pourquoi?  Parce que tous dans la rue nous demande comment est le Carême - Ramadan.  Alors, je me suis mis à expliquer que notre Carême chrétien n'est pas en même temps et qu'il n'a pas les mêmes exigences.  Avec de telles explications, je me devais donc de faire moi-même le Carême chrétien.
Néanmoins, en vivant le Ramadan de si proche, je remarque l'étincelle divine que Dieu a placé dans l'humain.  Le religieux nous permet de réaliser que l'humain n'est pas que animal ou que machinal.  Nous sommes autres, près de Dieu.  Dans cette pratique, je constate des hommes et des femmes qui se sentent dignes et fiers de pratiquer un rite religieux qui les poussent à se dépasser.  Ils ne sont pas seulement pauvres, ils sont ensemble dans un même rite.
Comme ils peuvent manger avant la première prière, nombreux sont ceux qui se lèvent tôt (4h) pour manger, comme mes hôtes.  La nuit, ils mangent comme à une fête: viande, jus, coca-cola, etc.  C'est pourquoi, parfois, certains disent: "je n'ai pas les moyens de faire le carême cette année!"  Après la soirée, ils vont cuisiner le repas du matin jusqu'à tard dans la nuit s'il le faut.
De par ma foi, je souhaite que tous puissent connaître l'Évangile et qui est Jésus-Christ, mais je ne veux pas qu'ils perdent cette dignité de faire des choix humains qui nous amènent au-delà du manger et du boire.  C'est notre Jésus qui a dit que l'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toutes paroles de la bouche de Dieu et l'apôtre Paul qui ajoute que le Royaume de Dieu n'est pas affaire de manger ou de boire, mais justice, paix et joie par le Saint-Esprit. 
Profitez-en pour saluer vos connaissances musulmanes.



Daniel en Afrique


15 juillet, 2013

Je porte le turban

Moi, avec une charette de paille, tirée par un âne.
Ce n'est pas nouveau pour moi.  Dans cette chaleur et ce soleil, le turban m'aide a résisté.  Je peux marcher tout en étant protégé des coups de Soleil.  Mais il me donne un peu d'anonymat.  Les gens ne remarquent que je suis blanc que lorsque je suis près d'eux, et ils sursautent parfois.
Depuis la guerre au Mali et la crainte envers les Touaregs, j'ai remarqué qu'il y a moins de gens qui le porte dans la rue.  Je dirai que c'est toujours une nécessité pour moi.

Je suis allé à Tillabéri dimanche pour célébrer l'église là-bas avec nos amis.  Le pasteur m'a demandé de prêcher un message canadien.  Dieu fait bien les choses, le vent s'est levé pendant l'église et il s'est mis à pleuvoir un peu après.  Pourtant mon message n'était pas trop canadien.  J'avais vraiment ces paroles à coeur, mais elles me rendaient mal à l'aise au début: "Heureux vous les pauvres!"  J'ai introduit mon message en disant que si Jésus venait en personne, ce sont ses paroles exactes et il aurait pu les dire facilement.  Je les lui ai empruntées.  Car Jésus désire être avec les pauvres, donc ils sont heureux puisqu'il est avec eux (le texte dit que le Royaume de Dieu est à eux).

Je vous laisse alors.
à bientôt
Daniel M.
en Afrique :)

13 juillet, 2013

La chaleur du Niger

Je suis bien arrivé au Niger.
Je dors là où nos meubles sont entreposés. Je n'ai ni électricité, ni eau courante. Mais j'ai un ciel clair, des milliers d'étoiles et des amis qui m'accueillent.
Ce qui peut être exaspérant en Afrique est que tout est lent ou à un rythme humain. Au regard de mon livre la 25e heure, ce n'est pas une bonne machine. Et je prends conscience de la mentalité de machine en moi.
Mon temps est terminé au cyber café.
Je vous reviens plus tard.

Daniel M.
en Afrique :)

10 juillet, 2013

Le défi: les doigts

Les doigts
Je me trouve toujours au Burkina Faso.  Avant de partir, je me suis donné un défi: Ne pas me ronger les doigts pendant 1 mois.
Ne riez pas, ce n'est pas si simple.  J'ai déjà épuisé toutes les techniques possibles et imaginées. 
Alors pourquoi relever ce défi maintenant?  Je compte que si je ne me ronge pas les doigts en Afrique, je réduis de moitié mes risques d'être malade.  Bien sûr, il faudrait pour remédier à ce risque que je me lave les mains chaque fois que je veux me ronger les doigts.  Ce serait une bien grande peine pour une activité futile.  J'étais bien conscient de ce risque dans mes séjours précédents, mais j'avais continué
à me ronger à moitié... et oui, j'allais souvent aux toilettes. 

Marcher
Depuis que je suis là, il pleut régulièrement.  Le ciel est semi couvert et le vent est rafraichissant.  Ce qui est traitre.  En plein jour, personne ne marche à Ouagadougou.  Il y a plein de voitures, de motos et de vélos, mais très peu de piétons.  Il y a aussi très peu de blancs et ceux que j'ai vu étaient en voiture, en moto ou en vélo, non, même pas en vélo.  Alors, j'étais l'exception, un blanc qui marchait en plein jour.  Le soir venu, ou dans les quartiers tranquilles, il y a toujours des gens qui marchent et je n'étais pas solitaire.  Il reste qu'un blanc qui marche se reconnait facilement.  Si je repassais dans une même rue, alors je revoyais mes anciens amis d'il y a toujours... de la demi heure d'avant!
Heureusement, ils sont tous très sympatiques.  Remarquez que chacun a sa nationalité détestée, tantôt les Américains sont les arrogants, tantôt les Français, surtout les Français, parce que les Burkinabés comprennent ce qu'ils disent.  Je n'ai pas encore rencontré quelqu'un qui ahuot lavoie de la rancune envers les Canadiens.  Un marchant d'à côté aime bien les Allemands parce qu'ils boivent beaucoup et qu'ils paient la bière.
Je suis rentré ce jour là fatigué, conscient de tous mes muscles - des hanches aux orteils.

Je me plains un peu, mais je suis heureux. 
Mon ami Serge m'a prêté un livre que je lis: la 25e heure.  Un des personnages y découvre une société industrielle.  Après avoir été injustement emprisonné et torturé, ce n'est que dans la société industrielle qu'il se met à avoir peur des hommes, qui pourtant ne le frappe pas.  Toutefois, ils sont insensibles et le traite comme une machine: ils ne sont plus humains.

bye, à ma prochaine connection internet.

 Daniel M.
en Afrique:)

08 juillet, 2013

Me voici à Ouagadougou

Je suis arrivé aujourd'hui à Ouaga, au Burkina Faso.  J'ai une bonne connection internet, donc je dois en profiter pour écrire!  Surtout que je suis en dehors du quotidien.
Je viens de passer une semaine dans la région de Paris.  J'ai appris que j'étais en Ile-de-France, à la frontière de la campagne.  Là-bas, j'étais occupé.  J'ai participé à une session sur les finances et l'administration pour ATD.  J'étais le représentant du Canada.  Ce qui m'a le plus fait plaisir dans cette session a été de voir que même quand les gens d'ATD parlent de financement, ils ne changent pas leurs priorités ni leurs valeurs.  J'avais besoin de voir, d'entendre et de sentir cela.  Trop d'organismes de charité changent de discours quand vient le temps de chercher de l'argent, puis que la fin justifie les moyens.  Souvent, les organismes vont changer leurs activités pour plaire aux donateurs.  De là, ils nient leurs expertises, leurs expériences, mais souvent leur valeur qui est de servir les gens et non de plaire aux donateurs: les fondations, l'ACDI ou d'autres.
Or, ATD déclare que les plus pauvres ont un savoir, une connaissance de la vie, une sagesse digne d'être partagée.  J'ai entendu la priorité du combat contre la misère sans se soumettre aux règles des riches.

À Ouaga, je suis arrivé en une merveilleuse journée.  Il y a une brise fraîche parce qu'il y a de la pluie dans l'air.  Je suis sorti pour souper dans la rue.  Les gens sont sympatiques.  J'ai eu une surprise, la noirceur est arrivée très tôt: 18h30.  Mais j'avais oublié de changer l'heure, donc je me pensais plus tard dans la nuit quand il n'était que 19h.

Donc, tout va bien de ce côté-ci.  Les mauvaises nouvelles me viennent de Lac Mégantic.  J'en ai eu la gorge serrée quand j'ai vu les images.  Mes condoléances aux familles.